Paraguay: un de plus!, avais-je intitulé ma chronique du 9 mai dernier, après la victoire aux élections présidentielles de l’ex-évêque Fernando Lugo. Eh bien, c’est maintenant fait. Le candidat de la gauche vient de prendre officiellement le pouvoir, vendredi 15 août, après quelque 60 ans d’un régime de droite des plus corrompu, qui a abrité de nombreux criminels de guerre nazis et autres dictateurs sanguinaires.
Le Paraguay, ce pays de 7 millions d’habitants, le plus pauvre de l’Amérique latine avec la Bolivie, rejoint ainsi les rangs du clan de plus en plus puissant des pays qui se sont dotés, au cours des dernières années, de gouvernements progressistes: l’Argentine, l’Uruguay, le Chili, le Brésil, la Bolivie, l’Équateur, le Venezuela, le Nicaragua. Sans parler de Cuba, qui a ouvert la voie il y a cinquante ans et qui est demeuré, pendant vingt ou trente ans, plus ou moins isolé de ses éléments naturels. Seuls le Mexique et le Canada avaient maintenu des relations diplomatiques et commerciales avec la Révolution cubaine. Aujourd’hui, tous ces pays, qui avaient dans un premier temps rompu leurs relations diplomatiques avec Cuba, ont des ambassades dans l’île caribéenne qui peut désormais compter sur des relations normales avec le reste du continent, malgré l’odieux blocus américain.
«C’en est fini désormais de ce Paraguay exclusif, secret, réputé pour sa corruption. Aujourd’hui commence l’histoire d’un pays dont les autorités et la population seront intraitables avec ceux qui volent le peuple, avec ceux qui agissent dans l’ombre, avec ces quelques seigneurs féodaux habitant un étrange pays du passé pourtant enclavé dans le présent», a clamé le nouveau président paraguayen. Et lorsque Fernando Lugo a présenté quelques-uns de ses invités: Lula da Silva, Evo Morales et Hugo Chávez, la foule, rassemblée dans la capitale, Asunción, s’est mise à crier et à sauter de joie.
Alors, on peut se demander quel sera le prochain pays à basculer dans le clan de ceux qui refusent désormais de s’en laisser imposer par Washington. Pour l’instant, il y a deux pays d’Amérique centrale, le Guatemala et le Panama, qui, timidement, tentent de définir une politique sociale en rupture avec leur passé de régimes répressifs. Il y a aussi trois petits pays des Caraïbes: la Dominique, la République coopérative du Guyana et les îles Saint-Vincent-et-Grenadines, sans parler du Mexique où le candidat de la gauche aurait remporté les dernières élections, n’eussent été les nombreuses fraudes.
Mais les yeux sont maintenant tournés vers le Salvador, le plus petit pays d’Amérique centrale, où, en mars prochain, auront lieu des élections. Selon les derniers sondages, Mauricio Funes, le candidat de la gauche appartenant au Front Farabundo Marti pour la libération nationale (FMLN), a toutes les chances de remporter les élections présidentielles. Ce serait un autre dur coup pour les États-Unis qui, dans les années quatre-vingt, avaient transformé ce pays en un nouveau Vietnam pour écraser, au prix de milliers de morts, la guérilla du FMLN.
Les États-Unis ne semblent pas accepter que la majeure partie de la région, qu’ils considéraient hier comme leur chasse-gardée, leur échappe. Alors, pour parer à toute éventualité, pour impressionner les populations et les gouvernements latino-américains qui manifestent trop bruyamment leur volonté d’indépendance, le gouvernement Bush a décidé, après 58 années d’absence, de remettre sur pied (ou sur mer, plutôt), la IVe flotte, qui patrouille maintenant depuis quelques mois dans les mers du Sud, faisant revivre des images du temps de la guerre froide. Une autre tentative grotesque d’intimidation.
Alors, quand le gendarme du monde, George W. Bush, déclare, à la suite de l’attaque préméditée de l’armée géorgienne contre la capitale de l’Ossétie-du-Sud: «La brutalité et l’intimidation ne sont pas une manière acceptable de mener la politique étrangère au XXIe siècle», on ne peut qu’être d’accord avec lui.
Alors, on pense à l’invasion américaine de l’Irak et au million de morts que cela a entraînés. On pense à cette attaque sournoise de l’armée géorgienne, effectuée avec la bénédiction des forces de l’OTAN. Et puis on pense à cette IVe flotte de la marine de guerre américaine qui patrouille dans les eaux sud-américaines. Et on se dit que George W. Bush est bien le pire des menteurs, un triste président, entouré de conseillers stupides, qui ne s’est pas encore rendu compte que les États-Unis ne sont plus la superpuissance qu’elles étaient. Vivement un changement de régime, comme une majorité d’Américains le souhaitent!