Jacques Lanctôt

Chronique de Jacques Lanctôt

Canoë

A-t-on peur des mots?

Jacques Lanctôt - A-t-on peur des mots?

«Le capitalisme, c’est toi ou moi, jamais toi et moi!» Il s’agit d’un graffiti aperçu sur un mur, à moins que ce ne soit sur un des nombreux panneaux publicitaires entre La Havane et son aéroport. Peu importe où je l’ai lu, ça me semble plein de bon sens. Or, jamais ici on n’aborde cette question. Tout se passe comme si aucun groupe, aucun syndicat, aucun parti politique ne remettaient en question le système capitaliste et ses réalisations. Ce n’était pas le cas il y a 30 ans, et je ne le dis pas de façon nostalgique. Vivrions-nous dans le «plusse meilleur» système au monde?

Bien sûr, il s’en est passé des événements depuis quelques décennies. Bien des rêves se sont effondrés, des «forteresses socialistes» se sont écroulées comme des châteaux de cartes et la population de ces pays d’Europe de l’Est ne semble pas intéressée, pour le moment, à revenir à la situation qui prévalait «avant». Les gouvernements qui ont remplacé ces bureaucraties autoritaires ne semblent pourtant guère mieux. Même si on y respire quelques bouffées de liberté, le capitalisme sauvage ne respecte plus rien ni personne. Le secteur culturel a été un des premiers touchés: la danse et le ballet, la musique et les concerts, le théâtre, le cinéma, entre autres, ne sont plus la vitrine culturelle qu’ils étaient auparavant. En Russie, on a assisté à l’ascension de nouveaux riches à une vitesse grand V et à l’arrivée d’une nouvelle classe de mafia à côté de laquelle les membres de la Cosa Nostra font figure de mécènes anonymes membres du fan-club de Mère Teresa. On dit même que Vladimir Poutine serait l’homme le plus riche de la planète, grâce au pétrole et au gaz.

Récemment, on en avait plein les journaux des résultats «décevants» des banques canadiennes: quelques millions en moins dans leurs profits astronomiques. On avait presque envie de les plaindre, ces PDG des six plus grandes banques du Canada qui vont se partager 46 millions en salaires, un peu moins que l’an passé. Que dire maintenant des paradis fiscaux, où se trouve une grande partie des richesses de la planète, provenant aussi bien de l’évasion fiscale que du blanchiment d’argent. Selon l’ONU, on dénombre 74 paradis fiscaux qui lavent tous plus blanc les uns que les autres. À Monaco par exemple, on compte 350 000 comptes bancaires pour une population de... 32 000 habitants. Gibraltar, une colonie britannique, avec ses 28 000 habitants, est le lieu de résidence légal de 200 multimillionnaires et de 60 000 entreprises, soit un peu plus de deux par habitant. Si toutes ces fortunes qui dorment dans les paradis étaient imposées, nous disposerions de revenus fiscaux de 25 à 30 milliards de dollars annuellement, de quoi aider les populations les plus mal en point.

Remarquez, ces injustices, ces anomalies n’ont rien d’illégal dans ce merveilleux système capitalisme et rares sont ceux qui remettent leur existence en question. Tout se passe comme si on craignait de proposer une alternative au capitalisme, responsable de la barbarie actuelle aux plans humain comme écologique, et de parler de socialisme, c’est-à-dire un système plus équitable, plus solidaire, opposé aux guerres, où tout le monde pourrait manger à sa faim, se loger et se vêtir convenablement, travailler dans la dignité, recevoir des soins médicaux appropriés, jouir de la vie, se payer des vacances. Je rêve en couleurs? Peut-être bien, mais si j’arrêtais de rêver ainsi, j’arrêterais de croire en la survie de notre espèce et de notre planète. Ce ne serait plus qu’un combat sans merci entre toi ou moi.

Le socialisme n’est pas étranger au mode de vie qui prévalait ici en terre d’Amérique, avant la colonisation, où la communauté jouait un grand rôle. Socialisme n’est pas synonyme de morosité, de pauvreté, d’inculture. On peut être socialiste et aimer les bonnes choses de la vie, on peut être socialiste et être cultivé. La pauvreté n’est pas une fatalité et ce n’est pas parce qu’on est pauvre qu’on est immanquablement socialiste. Et ce qu’il y a de bien, c’est qu’il y a plusieurs modèles. On n’a qu’à regarder ce qui se passe en Amérique latine, pour s’en rendre compte: le Chili, l’Argentine, l’Uruguay, le Brésil, l’Équateur, la Bolivie, le Venezuela, le Guatemala, le Nicaragua, Cuba, peut-être bientôt le Paraguay et le El Salvador, autant de pays dont les niveaux de développement sont très différents les uns des autres, mais qui tentent de construire, à leur manière, à leur rythme, une société plus juste, plus équitable, à l’opposé du modèle américain. Ça ne vous tente pas d’essayer?



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