Voilà, c'est reparti pour le traditionnel affrontement entre le gouvernement et les représentants de ses 475 000 employés. Nous n'en sommes plus, fort heureusement, aux grèves illégales, y compris dans les hôpitaux, mais le combat s'annonce décisif. Le Québec se relève à peine d'une récession et il transfère toujours au service de la dette une bonne part de ses dépenses d'aujourd'hui.
Disons que le contexte ne se prête pas à des gains substantiels de la part des travailleurs du secteur public et place le gouvernement en position de force.
La négociation sera alimentée par le tout récent rapport de l'Institut de la statistique du Québec, qui fait à nouveau la comparaison entre la rémunération du groupe public versus le secteur privé. Ce rapport apporte assez curieusement de l'eau au moulin des deux protagonistes. On y explique en effet que les fonctionnaires sont moins bien payés que dans le privé, mais que leur rémunération est supérieure.
Au plan salarial, ce retard est de 8,7 % par rapport à l'ensemble des autres salariés québécois. Toutefois, quand on parle de rémunération globale, ce qui comprend les avantages sociaux et les heures travaillées, mais qui exclut le temps supplémentaire et les primes, cet avantage fond à vue d'oeil. Au global, les fonctionnaires ont un avantage de 3,6% sur leurs collègues du privé pour des emplois similaires.
La semaine de travail fait une énorme différence dans les calculs. Alors que le Québécois moyen fait 37,5 heures chaque semaine, l'employé du Québec en fait moins de 36 (35,9). Mais attention il faut préciser, selon ce rapport, que la présence au travail est de 32 heures en général et de 30,1 heures pour les fonctionnaires du Québec. Les fédéraux se tapent des semaines de 36 heures.
Dans le rapport, on note que la différence d'une ou deux heures par jour de travail représente l'équivalent de deux semaines et plus en fin d'année.
Il faut donc tenir compte de ces éléments quand on compare les secteurs privés ou publics. Un professionnel du gouvernement à 72 000 $ pour 30 heures fait des jaloux.
L'Institut de la statistique établit aussi une hiérarchie dans le monde public. On y confirme que le municipal est en avance sur tout le monde -un écart de 24,7 % -en termes de rémunération globale. Une carrière dans les autres administrations et au fédéral est plus payante.
La question de la sécurité d'emploi revient sur le terrain chaque fois que débutent ces négociations. Combien vaut-elle dans un monde qui vit des mutations et des restructurations sévères? Cette donnée ne fait pas partie du rapport de l'Institut. Au privé, on voit des syndiqués renoncer à des avantages, au public, jamais. Au privé, il y a des fermetures d'entreprise, au public, il y a juste plus d'employés une année sur l'autre. La base de revendication, c'est «les droits acquis» et après, on compte sur la force du nombre pour ébranler le gouvernement.
Le gouvernement ne peut accorder la hausse salariale demandée par le Front commun, 11,2 % sur trois ans, sans détrousser les autres Québécois. Il pourrait peutêtre moduler ses offres pour certains groupes (infirmières et enseignants, par exemple) et limiter les autres qui ont choisi la qualité de vie.