Cette année, contrairement à la tradition, ce n'est pas le beaufrère qui m'a importuné lors du réveillon, mais la belle-soeur. Elle a déclenché les hostilités en me criant de l'autre bout du salon : «Avoue-le donc Christopher, les femmes sont aussi drôles que les hommes !» Il faut dire que Lyne n'était pas dans son état habituel, et j'en assume la responsabilité. C'est moi qui ai introduit le egg nog (un mélange explosif de lait, oeufs, rhum et muscade), une création typiquement anglophone, dans ma belle-famille.
J'ai répliqué à Lyne... dès sa sortie de la salle de bain : «Je dirais que les femmes sont loin d'être aussi drôles que les hommes... habituellement. Mais en te voyant un chou d'emballage pris dans tes cheveux, une collection d'échelles dans tes bas de nylon, et ta belle blouse blanche avec maintenant plein de couleurs, je dirais que oui, les femmes sont aussi drôles que les hommes, sinon plus !». C'est là que la chicane a pogné pour vrai! Très vite, la pièce s'est divisée en deux, les gars d'un bord, les filles de l'autre. Ce n'était pas beau à voir ni drôle à entendre. Je me suis fait traiter de macho, de sexiste et d'ignorant, le tout agrémenté de mots en la-tin que ma pudeur (et le comité éditorial du Journal) ne me permet pas de retranscrire. En tout cas, ce soir-là, les femmes ont surtout démontré qu'elles pouvaient être l'égale de l'homme dans des débats cacophoniques et stériles du type 110 %.
Ne vous inquiétez pas, le soir du jour de l'An, tout était revenu à la normale. Ma belle-soeur Lyne me haït encore, pas parce que je suis un homme, mais parce que je suis un Anglais! Maintenant mesdames, avant que vous me haïssiez tous, laissezmoi préciser le fond de ma pensée. Comprenez-moi bien : les femmes peuvent être aussi drôles que les hommes. Mais jusqu'à maintenant, elles n'en ont pas eu besoin. C'est une question d'évolution, d'évolution de l'espèce. Vous trouvez que j'exagère ? Je vous rassure, je n'ai pas touché au egg nog depuis le 24 au soir.
BESOIN PRIMAIRE
Pour un homme, le sens de l'humour est bien souvent existentiel, cela remonte à l'époque de l'homme des cavernes. À moins d'être chef de la tribu ou le plus fort physiquement, l'homme devait être drôle pour assurer sa descendance. L'homme se sert de son sens de l'humour afin d'assurer la continuité de l'espèce. Au même titre que les chances de reproduction du paon dépendent de la beauté de son plumage. Cela fait partie des besoins primaires (dans la pyramide des besoins du psychologue A. Maslow) comme manger et se réchauffer.
Et de nos jours, les choses n'ont pas beaucoup changé, ou évolué, si vous voulez. Il n'en demeure pas moins que si tu ne veux pas passer ton samedi soir seul devant Bleu nuit et que tu n'es pas un président de république ou millionnaire, il est préférable d'être drôle. Tandis que la femme n'a pas eu à développer ce talent, il lui suffit d'indiquer ses préférences. Et le sens de l'humour demeure la première qualité que la femme cherche chez un partenaire... L'humour permet également aux hommes d'exprimer leurs émotions, qu'elles soient positives ou négatives. Questionné à propos d'une nouvelle relation prometteuse, l'homme lâchera un : «Je pense qu'on va faire les séries !». Comme il extériorisera une séparation difficile avec un : «Booooonsooir ! Elle est partiiiie !»
Permettez-moi de conclure avec un message à ma belle-soeur : «Je t'apprécie vraiment... même que si je n'étais pas marié à ta soeur, je suis sûr qu'on ferait les séries !».