C'est au cours de la fin de semaine dernière qu'a eu lieu le Moulin à paroles sur les plaines d'Abraham, à Québec. Les 24 heures de lecture se sont avérées un succès sur toute la ligne. Bien loin du rassemblement de poseurs de bombes que certains avaient prophétisé.
Ce fut certes, une meilleure façon de célébrer près de 300 ans d'histoire que de les commémorer avec la reconstitution d'une bataille qui n'a duré que 20 minutes. Ce n'est pas que les reconstitutions sont inintéressantes. On y apprend beaucoup d'elles, par exemple qu'il ne faut pas s'habiller en uniforme rouge pompier ou bleu vif pour une bataille en plein jour. Une reconstitution peut également nous enseigner que ce n'est pas la stratégie du siècle de se mettre en ligne debout en plein champ et d'attendre d'être à 35 pieds de l'ennemi avant de faire feu. Toutes considérations faites, ce n'est pas surprenant que la bataille des Plaines n'ait duré que 20 minutes. Pensez-y, la Guerre des tuques a duré plus longtemps!
Pourtant, la question demeure, qu'est-ce qu'on apprend vraiment en faisant des reconstitutions? À part de prendre conscience qu'il vaut mieux se camoufler et à tuer l'adversaire
plus efficacement? Cela n'aide pas à éviter les chicanes, ça les rend seulement plus meurtrières.
Alors qu'un Moulin à paroles (et là, je ne parle pas de mon ex-belle- soeur qui piaillait des insanités sans arrêt!) peut être beaucoup plus instructif. On y apprend que ce n'est pas une bonne idée de poser des bombes dans des boîtes aux lettres, et que négocier va toujours mieux que de kidnapper et de tuer. En 24 heures, le Moulin nous a permis de revoir près de 300 ans de notre histoire, et non seulement une bataille, si importante soitelle. Nous avons pu ainsi replonger dans plusieurs moments marquants de notre histoire, les plus glorieux comme les moins.
J'ai eu le privilège d'être un des lecteurs. Et bien que j'aie lu un texte en anglais (de
Mordecai Richler, en plus!), non seulement la foule ne m'a pas invectivé, mais elle m'a chaudement applaudi. Pour ceux qui ne connaissent pas l'oeuvre de Richler, c'est comme si Roy Dupuis lisait un texte de Pierre Falardeau lors de la fête du Canada à Toronto. J'avoue que l'exemple est un peu forcé, Falardeau est aussi détesté que Richler, mais Dupuis est beaucoup plus beau que Hall... Ce n'est pas moi qui le dis, mais ma blonde!
En fait, tout au long des 24 heures, il n'y a eu aucun incident regrettable, malgré plusieurs textes controversés. Et s'il y en a qui cherchaient l'occasion de faire les trouble-fête, ils ont dû être déçus. Les passions extrémistes, qui auraient pu être soulevées par la lecture du manifeste du FLQ par Luck Mervil (le poing levé, comme l'aurait fait un Black Panther), ont vite été atténuées par la lecture de la lettre désespérée de Pierre Laporte adressée à Robert Bourrassa.
Les milliers de spectateurs rassemblés sur les plaines d'Abraham n'étaient captifs que par les textes. Les seuls à tomber au combat furent ceux morts de fatigue. Wolfe et Montcalm étaient même présents, par l'entremise d'un de leurs descendants respectifs, précisons. Et non seulement les deux «généraux» ne sont pas morts, mais ils ont fraternisé tout au long de l'événement! Ce qui prouve que la plume est plus forte que l'épée.