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La chronique de Benoît Aubin

Le pays facultatif

Benoît Aubin
03/07/2009 10h40 

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Le chauffeur de taxi ne savait pas pourquoi la police bloquait toutes les rues nord-sud du centre-ville, mercredi avant-midi, et moi, j'avais complètement oublié...

J'étais en retard pour un rendez-vous, alors j'ai sauté dans un taxi, direction centre-ville, et, bang! le bouchon. Tensions, sueurs, jurons, demi-tour sur Guy vers le sud, puis sur Peel : les drapeaux, la fanfare, les enfants enroulés dans l'unifolié, la fête du Canada, Place du Canada!

Pouvez-vous imaginer un New-Yorkais qui se lèverait demain matin sans savoir, ou sans se faire rappeler, que le 4 juillet est le Independence Day? Ou un Parisien qui se lèverait pour aller travailler le 14 juillet sans savoir qu'on fête la prise de la Bastille ce jour-là?

Sûrement pas les Français -ils profitent de chaque congé férié pour faire un «pont» d'enfer qui dure au moins six jours. Les Américains, eux, vont voir demain assez de manifestations patriotiques pour en user leur chemise, à force de se tenir la main sur le coeur.

À MIDI, C'ÉTAIT DÉJÀ FINI

Ici, avant même la fin de l'heure du lunch, le dérangement était fini, la police avait levé les barricades, puis avait disparu, et les rues de Montréal avaient retrouvé leur routine des jours d'été. Le Canada, on le fêtera à nouveau l'année prochaine, même date, même heure. Je vais essayer de m'en souvenir la prochaine fois, cela me fera économiser un quart d'heure et une dizaine de dollars...

C'est comme ça que j'ai compris, mercredi matin, pourquoi le Parti Québécois n'est pas parvenu à réaliser l'indépendance -et pourquoi il n'y parviendra sans doute jamais.

C'est que, pour gagner une bataille, il faut d'abord se battre. Et pour se battre, il faut avoir un ennemi en face de soi. Sinon, sans adversaire, on fait quoi ?

Le Canada s'est ajusté d'une manière ingénieuse à la menace à son intégrité territoriale que représentait la montée du nationalisme québécois depuis les années 1970. Il a cessé de l'affronter, de vouloir le contenir -et il a plutôt décidé de le tolérer, et même de le récupérer.

SANS RANCOEUR NI TENSION

Le Québec et le Canada ont été à couteaux tirés tant que l'un et l'autre étaient dans le «business» de l'identité. Tant que l'un et l'autre proposaient des «packages» identitaires mutuellement exclusifs aux citoyens, il y avait un choix à faire, et, donc, un maraudage entre les deux.

Mais voyez plutôt maintenant : le Canada n'impose plus une identité, ni même un patriotisme formels à ses citoyens; il se voit plutôt comme une société fondée sur la diversité.

Alors, les Québécois, ils peuvent bien fêter leur propre nation le 24 juin; et le faire, comme tout le reste, dans leur langue à eux, en agitant leur propre drapeau, ils n'en sont pas moins Canadiens pour autant. Les députés indépendantistes du Bloc font maintenant partie des meubles à la Chambre des Communes, et y attendent leur pension, sans soulever de passions...

Aujourd'hui, les identités, au Canada, on les porte comme un oignon porte ses pelures : l'une par-dessus l'autre. Comme le dit le dramaturge Robert Lepage : au Québec, je suis de Québec; au Canada, je suis du Québec; ailleurs au monde, je suis du Canada...

Tout le problème du PQ est là : comment mobiliser les troupes, si on n'a plus d'adversaire pour se battre?






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