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Un culturiste transgenre bouscule les codes

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Kendy NguyenPhoto AFP/HOANG DINH Nam

C'est un moment désagréable: à chaque compétition, Kendy Nguyen, premier culturiste ouvertement transgenre du Vietnam, doit enfiler un haut de bikini sur ses pectoraux saillants pour affronter ses adversaires.

«C'est bizarre de porter ces habits pendant la compétition, je n'aime pas vraiment ça, mais comme le bodybuilding est ma passion, je l'accepte», explique Kendy Nguyen, né femme mais devenu homme, vêtu d'une chemise noire sans manches montrant ses biceps bombé.

Avec son franc-parler et son physique d'Apollon, le jeune homme de 28 ans, qui a plus de 6000 fans sur Facebook, bouscule les stéréotypes sur les personnes transgenres dans un pays qui reste très conservateur.

«Je veux être un modèle pour les personnes transgenres, spécifiquement ceux nés en tant que femme», raconte Kendy Nguyen, après une séance d'entraînement dans une salle de gym d'Ho Chi Minh-Ville, la capitale économique du Vietnam.

«Ils ont souvent beaucoup de difficultés à révéler à leur famille qui ils sont et je veux qu'ils aient une image positive d'eux-mêmes, en allant à la salle de gym notamment», ajoute-t-il.

Être rejeté par sa famille est une situation courante pour les personnes trans, Kendy Nguyen l'a lui aussi connue. Aujourd'hui encore, il a peu de relations avec ses parents.

Il a découvert la musculation après une blessure contractée lors d'un entraînement de karaté. Et petit à petit, sa transformation physique a accompagné son acceptation en tant que trans.

Il s'entraîne six jours par semaine, et même deux fois par jour avant une compétition.

Depuis 2012, Kendy Nguyen a remporté des dizaines de médailles, notamment une d'or et une d'argent lors du championnat national, l'an dernier.

Il réfute les allégations de tricherie. «Dans le culturisme, le recours aux hormones est normal pour les hommes et les femmes, tout le monde les utilise».

«Liberté de choix»

Les autorités sportives vietnamiennes interdisent officiellement l'utilisation d'hormones qui peuvent être considérées comme un produit dopant, mais admettent qu'il est très difficile de le contrôler.

Et en l'absence de réglementation concernant les trans, Kendy doit participer aux compétitions qui correspondent à son sexe à la naissance.

«Si Kendy change juridiquement son identité, alors il pourrait rivaliser avec les hommes», explique Do Dinh Khang, en charge de l'haltérophilie et du culturisme dans le pays.

Or ce changement n'est pas encore possible au Vietnam. La situation pourrait toutefois évoluer au cours des prochaines années: le gouvernement communiste travaille actuellement sur une loi censée permettre à des trans de changer légalement de genre. Mais le contour est encore flou et le gouvernement n'a pas encore décidé si un tel texte de loi doit permettre, ou non, de changer de genre sans avoir subi d'opération chirurgicale.

Kendy Nguyen ne se sent pas prêt à subir une chirurgie de réassignation sexuelle, qui n'est pas pratiquée pour l'instant au Vietnam.

Le pays a pourtant déjà d'autres célébrités transsexuelles: plusieurs chanteuses sont de véritables stars et notamment Nguyen Huong Giang.

Mais il est plus rare de voir une femme devenue homme devenir célèbre et il y a peu de modèles en dehors du monde du divertissement.

Pour Luơng The Huy, en charge des questions LGBT (lesbien, gay, bi et trans) de l'association iSEE, «Kendy a prouvé que les personnes trans ont la liberté de choisir leur emploi comme tout le monde».

Et faute de modèle trans, Kendy Nguyen a trouvé d'autres sources d'inspiration. Son idole? «Arnold Schwarzenegger», affirme-t-il tout sourire.



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