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Pêcheurs de crevettes: «le plus beau métier»

Pêcheurs

Dave et Pierre-Marie Cotton font de la pêche une histoire de famille.Photo courtoisie

Pierre-Marie, 66 ans, a débuté dans le monde de la pêche à 17 ans. Son fils ainé, Dave 40 ans, pêche depuis l'âge de 18 ans, alors que le plus jeune de la famille, Matthieu, 35 ans, a déjà accumulé 17 ans d'expérience dans la pêche à la crevette nordique. Originaire de Gaspé, plus précisément de Rivière-au-Renard, le trio d'hommes de la famille Cotton partage une même passion, forte comme le vent et infinie comme la mer.

Devenir pêcheur

«Mon père était pêcheur, il pratiquait la petite pêche côtière, explique le patriarche. Nous pratiquons la pêche hauturière. J'ai suivi un cours de deux ans à l'école des pêches de Grande-Rivière, puis j'ai commencé comme homme de pont sur des chalutiers dans le village. Quatre ans plus tard, j'ai fait l'acquisition de mon premier bateau après avoir suivi mes classes de capitaine. Je l'ai gardé pendant 21 ans, puis on en a acheté un autre, celui avec lequel les enfants travaillent aujourd'hui.»

Une vocation qui s'est dessinée tôt pour les fils aussi. «À la sortie du secondaire, je me suis inscrit au cégep à la technique de ressources halieutiques et marines, ajoute Dave. J'ai décroché mon diplôme, obtenu mes brevets de navigation et me suis embarqué sur le bateau de mon père.»

Depuis deux ans, lui et sa conjointe ont repris les reines de l'entreprise familiale, Les pêcheries Danamé, avec à sa tête un navire baptisé L'intrépide.

«Enfant, pendant mes vacances, j'allais m'amuser sur les bateaux, se souvient Matthieu. Ma passion s'est développée à la longue. Je suis aussi allé à l'école des pêches qui offre maintenant un cours professionnel. Quand l'entreprise est passée aux mains de mon frère, j'ai suivi en tant qu'homme de pont.»

Plus qu'un simple métier

«C'est la passion qui fait que l'on choisit ce métier, surtout pour moi qui suis malade sur l'eau, affirme Dave. Je compose avec le mal de mer tous les jours. C'est assurément l'amour du métier qui me permet de le faire.»

«C'est un métier qui est difficile physiquement, ajoute le cadet. Tu vis aussi de l'isolement, car certains pêcheurs n'ont pas la chance de livrer leur marchandise dans leur village et doivent parfois s'exiler pendant plus d'un mois. L'absence de la famille, ce n'est pas facile. Si tu n'aimes pas ce que tu fais, c'est impossible de pratiquer ce métier-là.»

Leur bateau - un chalutier en acier - est rattaché à un quota individuel de crevettes et un équipage de quatre personnes, au plus fort de la saison. Un capitaine et trois excellents matelots se partagent ainsi les nombreuses tâches à exécuter chaque jour.

Pour ces pêcheurs, une journée de travail représente en fait une journée et une nuit. Ils partent en mer généralement entre deux à cinq jours où ils travailleront jour et nuit, l'activité de pêche se déroulant 24 heures sur 24. «Le plus grand problème pour le corps humain sur un bateau de pêche, c'est le manque de sommeil», explique Dave.

Au printemps, la pêche s'avère beaucoup plus intense. «Nous débutons le 1er avril, les vents sont très forts et on a encore affaire à des conditions hivernales. Par contre, la pêche est beaucoup plus performante.»

Le quotidien du pêcheur se compose de la mise à l'eau du chalut, de manœuvres du capitaine pendant que les hommes de pont font les captures, du tri rapide des crevettes, de la mise en sac puis du transfert à la cale remplie de glace. Une suite d'activités qui se répète plusieurs fois par jour.

«Au printemps, on peut recommencer ce scénario une dizaine de fois par 24 heures. Ensuite viennent le débarquement des cargaisons au port et l'expédition à l'usine. À terre, la première journée, nous veillons à l'entretien et aux réparations du bateau.»

Le plus beau métier du monde

«Ce qu'on apprend à l'école, c'est peut-être 15 % du métier. Le reste s'apprend en mer. Je crois que mon père, au cours des dernières semaines où il est venu au large, a encore appris des choses. C'est comme cela, il n'y a jamais de routine, tu as à composer avec une multitude d'éléments qui varient de minute en minute», dit Dave.

Pour lui, la pêche représente une possibilité de dépassement de soi, de compétition et de défi envers lui-même et envers les autres.

«Quand il fait beau, c'est le plus beau métier du monde, ajoute Matthieu. Tu as l'air frais, la plus belle des vues, tu vois des choses que les gens payent afin d'aller admirer. Les couchers et les levers de soleil sont à couper le souffle et la mer fait naître en toi des émotions indescriptibles.»

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