«Daouda roi des arènes! Daouda roi des arènes!» À Joal, petit village de pêcheurs du Sénégal, Karim le musulman et Roger le catholique sont assis côte à côte et scandent le nom de leur champion.
Discipline traditionnelle ancestrale, la lutte sénégalaise est aujourd’hui devenue le sport le plus médiatisé du pays, attirant des millions de téléspectateurs lors des compétitions nationales organisées à Dakar. Certains champions comme le légendaire Yékini, originaire de Joal, sont même commandités par des marques européennes et peuvent toucher jusqu’à 190 000$ par combat.
Au-delà de l’espoir suscité par les retombées financières du sport professionnel, la lutte donne surtout aux jeunes villageois issus de communautés religieuses, linguistiques et ethniques disparates, une culture commune forte et un sentiment de fierté nationale important. À ce titre, le Sénégal fait figure de modèle de cohésion sociale en Afrique de l’Ouest, puisqu’il est l’un des rares pays à avoir toujours échappé aux conflits interethniques ou religieux qui minent certains états, comme la Côte d’Ivoire.
Dans l’arène, Daouda le champion du village projette enfin son adversaire au sol. Il vient de gagner le combat. Karim et Roger se jettent dans les bras l’un de l’autre et exultent en Wolof et en Sérère, leurs langues respectives: «Vive Daouda, vive le Sénégal!»