L'achat d'un véhicule fabriqué aux États-Unis gagne en popularité depuis quelques années, à cause de l'économie d'argent réalisée lors de la transaction.
Par contre, l'expérience peut se transformer en cauchemar si les consommateurs ne prennent pas garde de détenir les preuves requises pour faire rouler leur voiture au Canada.
Argent a constaté qu'il existe plusieurs zones grises défavorables aux consommateurs. D'une part, pour immatriculer un véhicule acheté aux États-Unis, il doit être conforme aux exigences sécuritaires de Transport Canada. C'est à ce moment que les choses peuvent se compliquer.
«Au Canada, des concessionnaires utilisent le cold weather package, qui est une appellation qui différencie les pièces, la mécanique et même la peinture des véhicules produits au Canada de ceux des États-Unis. Ces détails sont rarement connus et ça rend la vente moins avantageuse», a expliqué Denis Duquet, un des auteurs du Guide de l'automobile.
Des concessionnaires utilisent ce prétexte pour refuser d'honorer la garantie obtenue avec l'achat d'une voiture neuve aux États-Unis.
«Certains véhicules peuvent être importés sans modifications, mais ils doivent être conformes aux règles de sécurité fédérale qui s'appliquent dans toutes les provinces», a indiqué Alayn Plante, porte-parole de la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ).
Ce dernier a précisé que la plupart des odomètres des véhicules américains, affichant les milles/heure, doivent être remplacés par des odomètres en kilométrage/heure.
Une consommatrice flouée
L'achat d'un véhicule usagé comporte de nombreux autres risques. L'historique du véhicule est rarement remis lors de l'achat, car il n'existe pas de registre de la sorte aux États-Unis.
«Sans accès à cet historique, l'acheteur ne sait pas si le véhicule a été accidenté et si tout fonctionne correctement», a fait savoir le chroniqueur automobile Marc Bouchard et rédacteur en chef du magazine Autonet.ca.
C'est ce genre de découverte désagréable qu'a faite Émilie Lanthier, lors de l'achat d'une fourgonnette au printemps dernier chez un concessionnaire de voitures d'occasion de Repentigny. Un mois après son achat, son conjoint a découvert que le véhicule possédait une vignette de la SAAQ, confirmant qu'il avait été importé des États-Unis.
«Le véhicule avait été acheté parce qu'il comprenait un DVD, a déploré la jeune mère. Il ne fonctionne pas, même après une réparation. L'air climatisé est aussi défectueux. Le vendeur nous a dit que le véhicule avait appartenu à un policier. Il ne nous a jamais informé qu'il venait des États-Unis.»
De plus, après vérification auprès d'un concessionnaire Toyota Canada, il lui a recommandé de ne pas acheter de véhicules en provenance des États-Unis. Rien sur le contrat d'achat n'indique que la fourgonnette a passé les tests de conformité de la SAAQ. «J'ai l'impression d'avoir acheté un citron, a-t-elle ajouté. Si j'avais su qu'il venait des États-Unis, j'aurais négocié le prix bien différemment.»
Elle a précisé que le garagiste lui a indiqué que sa fourgonnette valait moins cher à cause de son origine américaine.
Selon le chroniqueur Denis Duquet, certains véhicules américains usagés peuvent valoir de 30 à 40 % moins qu'un véhicule identique canadien.
La SAAQ ne précise pas les règles de revente d'un véhicule américain par un concessionnaire. La Société d'État se limite à exiger que l'acheteur fournisse quatre à cinq documents, soit le contrat d'achat, le certificat de naissance (appelé « title » aux États-Unis), un certificat d'immatriculation signé par l'ancien propriétaire du véhicule, de même qu'une copie du formulaire d'importation exigé par l'Agence des services frontaliers du Canada et une copie du formulaire de perception des droits de douane.
À cela, l'acheteur doit ajouter un certificat de conformité du véhicule et la garantie que les taxes de vente sont déboursées. «[Acheter un véhicule aux États-Unis], on ne peut pas dire que c'est un bon coup d'économie, a souligné Alayn Plante de la SAAQ. Il y a des cas où il y a peu de rentabilité.»