Hervé Lionnet et Clarisse Lucas
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La France a-t-elle récupéré un anneau de Jeanne d'Arc?

La France a-t-elle récupéré un anneau de Jeanne d'Arc?

Une statue de Jeanne d'Arc, à Paris.Photo Archives / AFP

Hervé Lionnet et Clarisse Lucas

LES ÉPESSES, France - Un anneau attribué à Jeanne d'Arc, que les Anglais auraient gardé pendant près de six siècles, a été dévoilé dimanche devant quelque 5000 personnes par son nouveau propriétaire, un parc de loisirs français qui l'a acquis fin février à Londres.

Le Puy du Fou, le deuxième parc de loisirs français, situé en Vendée , a déboursé pour lui la coquette somme de 376 833 euros (550 000 $) lors d'enchères très disputées à Londres.

L'anneau a fait une entrée solennelle dans la cour du château du site, sous une haie d'honneur, reposant sur un coussin placé dans un reliquaire en verre porté sur une arche en bois. Quelques cavaliers en armure, accompagnés de fantassins parés d'une cotte de mailles, fermaient le cortège, sous les applaudissements du public.

«C'est un petit bout de France qui revient, une parcelle de nos grandeurs déchues (...) l'anneau est revenu en France et il le restera», a déclaré devant la foule Philippe de Villiers, figure de la droite souverainiste et fondateur du Puy du Fou.

«Personne ne vous dira que cet anneau est à 100 % celui de Jeanne, mais je crois qu'on peut, en toute bonne foi, penser qu'il s'agit de l'anneau authentique», a enchaîné le très médiatique historien Franck Ferrand.

Le reliquaire contenant l'anneau a ensuite été placé dans la chapelle où le public a été invité à venir se recueillir.

L'anneau a été authentifié par un laboratoire d'Oxford comme étant un bijou moyenâgeux datant du XVe siècle, en argent plaqué or, par la méthode de fluorescence de rayons X.

En annonçant début mars son retour sur le sol français, le Puy du Fou a suscité un grand buzz médiatique. Mais le travail d'expertise historique reste à faire.

«L'invraisemblable peut être vrai»

«Ils ne sont qu'au début de l'exploration, c'est un gros travail mais une belle aventure», explique à l'AFP l'experte parisienne Vanessa Soupault.

Assez massive, la bague comporte trois croix des monnaies de Lorraine gravées, ainsi que les inscriptions «JHS-MAR», qui signifient Jhesus-Maria.  

Les historiens ont établi que Jeanne d'Arc, icône de la résistance française face aux Anglais durant la Guerre de Cent ans, avait eu trois anneaux: un petit en or qu'elle souhaitait remettre à sa grand-mère, un autre donné par son frère, et enfin un troisième, que lui avaient dérobé les Bourguignons avant de la livrer aux Anglais. Les deux premiers ont disparu. Le troisième serait-il celui acquis par le Puy du Fou?

Les actes du procès de Jeanne, à l'issue duquel elle fut brûlée vive à Rouen le 30 mai 1431, montrent qu'elle a été interrogée sur ce troisième anneau.

«Elle explique qu'il lui a été donné par son père ou sa mère, à Domrémy», son village natal de Lorraine, explique à l'AFP l'historien Philippe Contamine.

Elle ne sait pas dire si l'anneau est en or ou en laiton et précise qu'il n'a pas de pierre mais seulement trois croix gravées et les inscriptions «Jhesus-Maria», ajoute-t-il.

Selon Olivier Bouzy, historien et responsable du Centre d'archives Jeanne d'Arc à Orléans, cet anneau est déjà revenu en France.

Un médecin fraanco-anglais, James Hasson, qui l'avit acheté, l'avait exposé en 1953 dans une chapelle du sud-est de la France. «À l'époque, un des bons spécialistes de Jeanne d'Arc, le père jésuite Paul Doncoeur, était très dubitatif», rappelle M. Bouzy. Il sera montré ensuite en 1954 et 1956 à Paris et à Rouen par l'historienne médiéviste Régine Pernoud. 

Le parcours difficilement traçable de l'anneau entre diverses mains anglaises au cours des siècles, de l'archevêque de Winchester Henry Beaufort, présent au procès, jusqu'à l'époque actuelle, fait douter certains historiens.

«Autour de Jeanne d'Arc, on a déjà eu plusieurs cas de faux objets», rappelle aussi M. Bouzy, citant notamment le cas d'un fragment de momie égyptienne que l'on pensait être une côte de la martyre récupérée sur le bûcher.

Il y a même eu une tombola, au début du XXe, en France, «dont les prix furent des reconstitutions de l'anneau, en or, en argent ou en cuivre».

L'Historial Jeanne d'Arc de Rouen n'a pas souhaité participer aux enchères, redoutant une nouvelle supercherie. M. Contamine laisse toutefois une porte ouverte: «C'est invraisemblable, il y a trop d'inconnues. Mais l'invraisemblable peut être vrai».

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