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Bisbille autour du rachat des artefacts de l'Empress of Ireland

Bisbille autour du rachat des artefacts de l' Empress of Ireland

Capture d'écran / TVA Nouvelles / Agence QMI

GATINEAU - L'achat par le Musée canadien des civilisations de Gatineau des centaines d'objets que le plongeur Philippe Beaudry avait recueillis dans les années 1970 et 1980 sur l'épave de l'Empress of Ireland, avait à l'époque soulevé de sérieuses questions d'ordre éthique au sein du personnel du musée.

Le musée, qui s'appelle aujourd'hui le Musée canadien de l'histoire, avait déboursé la somme de 1,75 million $ en avril 2012 et accordé un reçu d'impôt de 1,3 million $ pour acheter la collection, mais trois mois avant la conclusion de l'entente, six conservateurs et professionnels de l'archéologie rattachés au musée avaient fait parvenir une lettre au comité exécutif pour exprimer leur désapprobation, a rapporté le Ottawa Citizen.

La lettre avait été rédigée à l'initiative de M. Yves Monette, qui était à l'époque le conservateur en archéologie du Québec au Musée canadien des civilisations.

Le brouillon de cette lettre rédigée en janvier 2012 en français, qui a été obtenue par le site Buzzfeed, montre que des employés du musée avaient tenu à exprimer leurs «inquiétudes et réticences» à l'égard du projet d'acquisition, notamment parce que M. Beaudry avait acquis ces objets sans permis.

Selon les signataires, l'achat de la collection allait notamment à l'encontre des principes déontologiques de l'Association des musées canadiens, qui prévoient que les musées doivent éviter de participer «directement ou indirectement» au trafic illicite de biens naturels ou culturels, dont des biens «illégalement mis au jour, ayant fait l'objet de fouilles non scientifiques, ou recueillis sur le terrain».

L'Empress of Ireland assurait la liaison entre Québec et Liverpool en Angleterre, et avait fait naufrage le 29 mai 1914 dans l'estuaire du Saint-Laurent, près de Rimouski, après être entré en collision avec le Storstad, un charbonnier norvégien, alors qu'il y avait un épais brouillard sur le fleuve. Plus de 1000 passagers avaient perdu la vie, deux ans après la catastrophe du Titanic.

Les employés du musée terminaient leur lettre en se disant d'avis que les dérogations au code d'éthique de la profession étaient trop importantes et que l'achat de la collection risquait «non seulement d'inciter au pillage des sites archéologiques, mais aussi de créer un marché pour du matériel archéologique acquis de manière illicite».

Réponse et menace

Le directeur de l'archéologie et de l'histoire au Musée canadien de la civilisation, David Morrison, avait répondu le 2 février 2012 à ces craintes en affirmant dans une lettre que le musée avait obtenu un avis légal qui démontrait que M. Beaudry avait recueilli les objets à une époque où il n'y avait aucune protection juridique entourant cette épave.

En outre, ajoutait M. Morrison, cette collection était semblable à n'importe quelle collection archéologique proposée au musée et constituée avant l'adoption d'un système de permis provincial. «Nous acceptons régulièrement ce type de collections», avait-il dit.

M. Morrison avait aussi insisté pour dire que le musée ne faisait pas l'acquisition de la collection «dans un but commercial» et soulignait que si le musée ne faisait pas l'acquisition de la collection Beaudry, celle-ci serait «brisée et vendue à des acheteurs privés au Canada et aux États-Unis et perdue irrémédiablement».

Les signataires de la lettre de protestation du mois de janvier avaient également reçu une lettre d'un cabinet d'avocats, les mettant en garde de ne pas publier leur lettre ou de répéter leurs allégations à qui que ce soit, sous peine de faire face à de sérieuses conséquences.

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