Philippe Rater
AFP

Débarquement: l'évolution d'un commando de 1944

Débarquement: l'évolution d'un commando de 1944

L'entraînement des troupes du commando Kieffer dure aujourd'hui neuf semaines. Photo Jean-Sébastien Evrard

Philippe Rater

PARIS - Hier, ils débarquaient sur une plage de Normandie sous la mitraille. Aujourd'hui ils mènent des missions secrètes, parfois pour sauver des otages.

Tous ont un lien commun: un commando de 177 Français créé en Angleterre lors de la Seconde guerre mondiale par le commandant Philippe Kieffer. Ces militaires ont participé au débarquement du 6 juin 1944, dont le 70e anniversaire sera célébré la semaine prochaine avec quelques survivants de cette unité d'élite.

L'armée française compte six commandos marine qui font perdurer sa légende. Affutés physiquement et psychologiquement, les bérets verts ont à coeur de se montrer les dignes héritiers de l'esprit insufflé par le commandant Kieffer qui s'était inspiré des méthodes des Royal Marines britanniques.

Moins de 10 % de réussite

«On ne plaisantait pas, c'était drôlement dur les speed marches», se rappelle Jean Masson, matricule 144, en évoquant sa sélection pour faire partie du commando Kieffer. Comme deux autres vétérans, il a raconté ses souvenirs à la chaîne de télévision France 2.

Pendant la Seconde guerre mondiale, «chaque commando était équipé d'une corde d'un mètre cinquante de long. Avec 100 types, on pouvait faire un pont pour traverser une rivière», relate pour sa part Hubert Faure. A l'époque, il avait 30 ans, il en aura 100 mercredi et reste le dernier sous-officier vivant du commando Kieffer.

Le stage d'insertion a très peu évolué depuis la création du premier commando marine français en 1947, assure à l'AFP sous couvert d'anonymat Stéphane, membre du «commando Kieffer», 6e groupe créé en 2008 à Lanester au sein de l'armée française et qui a pris le nom du célèbre officier.

Sa durée a toutefois changé. Six semaines pendant la Deuxième guerre mondiale, aujourd'hui c'est neuf semaines d'épreuves physiques et psychologiques avec au final moins de 10 % de réussite.

«Kieffer nous regarde, ne nous parle même pas» lorsqu'il a opéré la sélection de son commando, se souvient sur France 2 Léon Gantier. Aujourd'hui, les sélectionneurs recherchent chez les futurs commandos une qualité rare, «l'intelligence de situation, cette capacité à rapidement apprécier le contexte des situations et à choisir vite la bonne décision», précise le contre-amiral Olivier Coupry, leur patron.

Sang-froid et humour

Le débarquement des 177 commandos français en 1944 s'est réalisé sous uniforme britannique sur la plage normande de Ouistreham. Certains avaient pour mission de neutraliser un casino transformé en bunker par les Allemands.

«Avant d'avoir pied, j'ai dû faire quelques brasses avec le fusil en l'air», se rappelle Jean Masson. «Mais je n'étais pas venu là pour rester dans un dépôt». «La vague nous poussait, on ne pouvait pas revenir en arrière», a aussi témoigné sur France 2 Léon Gantier, matricule 98, 21 ans à l'époque. «Ça tirait dans tous les coins».

Les missions actuelles des commandos marine restent secrètes. Chaque groupe affiche des compétences différentes, allant de la lutte contre le trafic de drogue, les opérations spéciales sur mer comme sur terre, l'antiterrorisme, le renseignement... Ils sont intervenus en Afghanistan, participent à la lutte contre la piraterie au large de la Somalie ou sont en Centrafrique.

«Il reste quelque chose de britannique: l'esprit du commando marine est fait d'un certain pragmatisme et également d'un certain sang-froid, de rigueur, alliée à un solide sens de l'humour», résume l'amiral Coupry.

«On se sent l'esprit meurtrier»

Les souvenirs de ceux qui ont débarqué en Normandie restent marqués par «l'après». Le retour à la vie normale a été difficile, c'était «une école du crime», a dit l'un des vétérans à France 2. «On se sent l'esprit meurtrier, c'est difficile à comprendre», ajoute un de ses anciens camarades. Tous ont vu tomber des amis sous les balles ou obus ennemis.

Les commandos d'aujourd'hui sont suivis par trois psychologues de leur stage d'insertion jusqu'à la fin de leur carrière.

Ignorés par le général Charles de Gaulle - «c'était un politique, pas un militaire» pour les hommes de Kieffer -, certains vétérans du débarquement de 1944 ont dû attendre 60 ans avant une reconnaissance de la nation et l'attribution de la légion d'honneur.

Sur les 177 membres du commando Kieffer, seuls 24 ont terminé la campagne de Normandie sans être tués ou blessés. Une dizaine sont encore en vie aujourd'hui.

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