Chroniques d'un père indigne

 Le guide du mauvais père - Chroniques d'un père indigne

Photos Guy Delisle/ Éditions Delcourt

Nicolas Fréret

Sur la carte de vœux qu'il a réalisée au nom des éditions Delcourt au début de l'année, Guy Delisle résume en une image - hilarante - le concept et l'état d'esprit de sa nouvelle bande dessinée, Le guide du mauvais père.

On y voit, au second plan, sa fille en train de courir en pyjama vers le sapin pour vérifier si le père Noël est bien passé, et au premier plan, son fils ahuri devant son paternel endormi la bouche ouverte dans le sofa, déguisé en père Noël, la barbe blanche dans la main et les cadeaux encore plein la hotte.

Il semble que le bédéiste québécois, qui est installé en France depuis 20 ans, se comporte avec ses enfants comme avec ses amis, usant et abusant d'un second degré, disons, très français.

Alors que les enfants, eux, prennent naturellement tout au premier degré, les émotions dans le tapis. Ce qui entraîne des discussions cocasses et des situations parfois truculentes.

L'un des meilleurs exemples, c'est l'histoire de la tronçonneuse, dans laquelle Delisle fait croire à Louis, son fils de 9 ans qui est train de regarder son père couper du bois, qu'il s'est tranché la main.

Horrifié, le petit garçon se rue dans la maison pour alerter sa mère en pleurs, tandis que son père, très content de sa connerie, en rajoute une couche. Il faut dire ce qui est : c'est vraiment crampant!

Autre séquence irrésistible, ma préférée : le joli dessin. La petite Alice, 5 ans, est toute contente d'offrir un beau dessin à son papa, qui la félicite de prime abord comme il se doit, en lui disant que c'est déjà une artiste, avant de démonter littéralement le travail de la pauvre gamine, lui faisant comprendre qu'en regardant bien, il était complètement raté son dessin, comme s'il avait en face de lui une élève aux grandes ambitions.

«Presque 100% vrai»

«Parfois, en dessinant, j'avais des scrupules sur les affreuses maladresses de ce père, avait confié Guy Delisle à l'AFP un peu avant la sortie de son guide, qui n'en est pas un, en France. Mais c'est ça qui est drôle. Et la BD devient un exutoire.»

Et selon la lui, «tout est presque 100% vrai», comme l'anecdote de la petite souris, qui a «oublié» de passer chercher la dent de Louis sous son oreiller deux nuits de suite. On aime la mauvaise foi du père, et sa façon de jongler avec la vérité lorsqu'il est acculé par l'intelligence et la répartie de ses rejetons.

Guy Delisle a cartonné avec ses Chroniques de Jérusalem (cette excellente BD a été traduite dans une dizaine de langues et a reçu le prix du Meilleur album au Festival d'Angoulême en 2012), et il frappera sans doute encore les esprits avec son prochain bouquin sur le témoignage d'un humanitaire qui avait été pris en otage en Tchétchénie dans les années 90.

Mais en attendant, il nous fait marrer avec cette joyeuse transition qui sonne comme une grande respiration à plein poumon après l'effort, une «récréation» comme a dit son éditeur.

Le Guide du mauvais père, s'étend sur près de 200 pages, et se lit très vite - trop vite - à raison d'un ou deux dessins seulement par planche. Guy Delisle étant un professionnel de l'animation, il maîtrise à la perfection l'art du gag efficace, misant sur la percussion des dialogues, et le minimalisme du dessin pour le rendre le plus efficace possible et ne pas laisser l'œil se perdre dans les détails. Le résultat est toutefois assez inégal, certaines anecdotes faisant juste sourire, sans plus.

Le plus célèbre auteur québécois de bande dessinée dans le monde a annoncé qu'il avait l'intention de faire d'autres albums sur les enfants, notamment sur la thématique de l'adolescence, puisque son fils a déjà commencé à l'inspirer. On suivra ça avec beaucoup d'intérêt!

Aussi sur Canoe.ca: Une effeuilleuse, des culs nus et le souvenir d'un baiser


Vidéos

Photos