Une effeuilleuse, des culs nus et le souvenir d'un baiser

Bande dessinée - Une effeuilleuse, des culs nus et le souvenir d'un baiser

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Nicolas Fréret

Parmi mes lectures BD de ce début d'année, pas une ne s'est réellement démarquée. Pas une ne m'a totalement enthousiasmé. À part peut-être l'intégrale du «Magasin général» de Tripp et Loisel (Casterman). Pas une ne s'est vraiment imposée au point de me donner envie d'en parler ici absolument. Pas même la nouvelle bande dessinée de Guy Delisle, sur laquelle je reviendrai...

... alors plutôt que de m'attarder sur une seule BD, je vais être contradictoire et vous en suggérer trois, au demeurant plaisantes, distrayantes et toujours enrichissantes : Mélody, un roman graphique burlesque qui avait autrefois été classé pornographique ; Cul nul, un recueil loufoque de relations sexuelles complètement ratées; et French kiss 1986, dans lequel un père raconte à ses enfants son premier baiser romanesque avec leur maman.

Mélody de Sylvie Rancourt

La maison d'édition française Ego comme x vient de publier l'intégrale de Mélody, «la toute première bande dessinée canadienne autobiographique et auto-éditée», selon le Larousse de la BD.

Sylvie Rancourt, qui a quitté l'Abitibi-Témiscamingue au début des années 1980, raconte sa vie de danseuse nue dans les bars de Montréal, où elle a débarqué sans diplôme, sans argent et sans travail.

Totalement innocente, naïve et candide, Sylvie Rancourt/Mélody s'est laissée convaincre par son amoureux de l'époque d'aller danser, et plus si affinité, pour gagner de l'argent pendant qu'il s'adonnait à ses petits trafics et ses petites escroqueries. Elle a découvert un monde excitant, mais angoissant, dont elle ignorait tout, et a dépeint son milieu avec cette sensibilité d'enfant qui détone avec la crudité de certaines scènes.

Sylvie Rancourt a choisi la bande dessinée pour immortaliser ce qu'elle a vécu alors qu'elle n'y connaissait pas grande chose et qu'elle ne maîtrisait ni le dessin, ni la narration. Malgré cet amateurisme qui saute aux yeux, elle est parvenue à toucher à l'essentiel, en nous plongeant dans un univers sur lequel, par puritanisme sans doute, on ne s'étendait pas publiquement à l'époque.

Certains avaient alors hurlé au loup et à la pornographie lorsque la jeune effeuilleuse avait auto-édité son histoire, la vendant dans les bars de nuit, et en librairie. Son œuvre avait tout de même trouvé un incroyable écho en Amérique du Nord, au Québec bien sûr, mais tout particulièrement aux États-Unis. Cette BD burlesque a d'ailleurs été applaudie par des sommités du roman graphique américain, tel que Chris Ware.

C'est avec curiosité qu'il faut lire Mélody, en prenant conscience qu'elle fait partie qu'on le veuille ou non, des bandes dessinées québécoises cultes.

Suite: Cul nul de Baraou et Dalle-Rive


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