Intimidation : une claque pour adulte

Jane, le renard et moi - Intimidation : une claque pour adulte

Photo La Pastèque / Isabelle Arsenault et Fanny Britt

Nicolas Fréret

Hélène a une dizaine d'années. Elle est douce, discrète, plutôt en retrait, pas très assurée, en tout cas pas du genre à se faire remarquer. À l'école, elle n'a pas d'amies. Elle est mise de côté, montrée du doigt, insultée, harcelée, intimidée. Alors elle baisse la tête, rase les murs, et fait semblant de ne pas entendre les méchancetés. On lui crie qu'elle est grosse, qu'elle est laide et qu'elle pue. Elle le croit.

À l'intérieur de sa petite tête d'enfant, c'est un champ de guerre. Elle est une victime qui a survécu, qui doit supporter la douleur de son corps meurtri et s'habituer à la violence psychologique qu'elle endure quotidiennement, en silence.

Dans l'autobus qui la ramène chez elle, Hélène se réfugie dans son livre préférée, Jane Eyre, de Charlotte Brontë. L'héroïne, comme le résume elle-même Hélène, est une petite britannique, une «orpheline prise en charge par une riche tante atroce qui l'enferme dans une chambre hantée pour la punir d'avoir menti, même si c'est faux. Ensuite, Jane est envoyée dans un pensionnat anglais et ne mange que du porridge brûlé et des ragoûts bruns pendant plusieurs années, ce qui ne l'empêche pas de devenir adulte, brillante, mince et sage.» Le contexte est différent, mais, forcément, Hélène s'identifie.

À l'état brut

Tout est fébrile dans Jane, le renard, et moi, même le lecteur. Je l'ai lu trois fois, c'est bouleversant. Parce qu'on est à la place de la fillette. Parce qu'on est sensible à ses mots et à ses réflexions d'enfant. Parce que l'on ressent de plein fouet son malaise, son mal-être, ses complexes de vivre. Parce qu'on est témoin de son exclusion. Parce que c'est écrit avec subtilité, pudeur et humilité. Parce que c'est dessiné avec un trait enfantin, à l'état brut. Parce que ça ressemble à un conte pour enfant, mais que c'est une claque pour adulte. Parce que c'est court et d'une efficacité redoutable. Parce que ça sent le vécu. C'est bouleversant, donc, mais sans larme. Tout se passe au niveau des boyaux.

Ce bouquin de Fanny Britt, illustré par Isabelle Arsenault, revêt quelque chose d'essentiel. Il suscite la réflexion sur la violence de l'intimidation et du harcèlement, évidemment, mais il souligne aussi les vertus de la lecture et le formidable pouvoir de l'imaginaire.

Jane, le renard et moi
Isabelle Arsenault et Fanny Britt
La Pastèque
52 pages
26,95 $

À lire aussi, également aux Éditions de la Pastèque:

- Le méchant petit Poucet

Vincent Vanoli et Cédric Demangeot ont reviré de bord le célèbre conte de Perrault et l'ont dépouillé de sa moralité pour en faire un conte pour adulte revanchard et jouissif.

Le petit Poucet est un enfant chétif, victime de sévices physiques et psychologiques de la part de ses brutes de parents.

Mais à défaut d'avoir quelque chose dans le ventre, le petit gars a de la suite dans les idées. Et il va se rebeller!

Le méchant petit Poucet
Cédric Demangeot et Vincent Vanoli
La Pastèque
48 pages
19,95

- Le Havre-New York

Dans les années 60, deux gentils mais piètres escrocs décident de quitter Le Havre, sur la côte normande, et de traverser l'Atlantique à bord du paquebot France pour aller faire fortune en Amérique.

Ils parviennent à se faire embaucher grâce à leur roublardise, mais leur voyage prend une tournure inattendue lorsqu'une célèbre diva - inspirée par Dalida - leur met le grappin dessus.

Le Havre-New York est une bande-dessinée délicieusement rétro, avec étonnamment de belles autos, qui se lit d'une traite avec le sourire scotché au visage.

Le Havre-New York
Cyril Doisneau
La Pastèque
66 pages
19,95 $

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