Que vous soyez un lecteur de BD invétéré ou non, je vous recommande cinq bandes dessinées qui se démarquent dans le flot de publications de ces derniers mois. Il est question d’une légende brillamment revisitée, celle de Sherlock Holmes, d’une leçon d’histoire, celle de jeunes militaires canadiens qui ont traversé l’Atlantique pour aller se faire buter sous la pluie en Normandie, d’une absurdité, celle d’un dessinateur iranien envoyé en prison à cause d’une illustration publiée dans le supplément enfant d’un magazine, d’une épopée moderne géniale et débridée à travers le Canada, et d’un «road trip», celui d’un vieux macho français désabusé qui fait le bilan de sa vie au volant de sa grosse bagnole en racontant à un auto-stoppeur l’histoire de chacune de ses conquêtes, de Annie à Zora. Bonne lecture!
Une histoire canadienne du débarquement en Normandie
«Je pense que c’est fini mon lieutenant. Je... Je crois qu’on a gagné. Où sont vos hommes? Mon dieu... ce sont eux, c’est ça? » Le lieutenant Law Chantler, du Highland Light Infantry of Canada, n’a pas répondu. La réponse, de toute façon, était juste là, à ses pieds, autour de lui. «On» avait bel et bien gagné. Mais «eux», avaient perdu la vie. «Eux», la fameuse part de sacrifice qu’exige la guerre. «Eux», les jeunes soldats des Forces canadiennes qui avaient traversé l’Atlantique la fleur au fusil pour débarquer en Normandie un jour de pluie et libérer la France de l’invasion nazie.
Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, en 1939, de nombreux Canadiens se sont enrôlés dans l’armée. C’est ce qu’a fait Law Chantler en s’inscrivant à l’école des officiers du régiment Elgin, en Ontario. Il y a rencontré celui qui est rapidement devenu son meilleur et précieux ami, le lieutenant John Hartwell Chrysler. Ensemble, les deux généraux ont appris la vie, dans la joie et la bonne humeur. Ils se sont entraînés durs pour être prêts le jour J, mais ils ont aussi beaucoup attendu. Car avant de faire la guerre, la vraie, il semble qu’il faille faire preuve d’une intense patience.
Le brillant illustrateur Scott Chantler a écrit Deux généraux en s’appuyant sur le journal de son grand-père, sur les lettres que Chrysler envoyait de France à sa femme, et sur le journal de guerre du Highland Light Infantry of Canada, qui était tenu par un officier de renseignements. Il semble être resté très fidèle à la réalité, sans même évacuer les longs moments d’inaction, où il ne se passe rien, quitte à tomber dans la contemplation.
J’aime Deux généraux pour tout ce qu’il représente: un témoignage, subjectif, émotif, mais scrupuleusement documenté, une idée de la guerre, sans esbroufe, sans héroïsme et sans fantasme, une histoire du débarquement du point de vue canadien, rapporté avec simplicité et humilité, jusqu’à la légèreté du dessin et le minimalisme de la coloration, pourtant terriblement efficace quand elle devient rouge sang.
Deux généraux est une leçon d’histoire, rien de moins. Et elle vaut bien tous les hommages du gouvernement fédéral aux soldats morts au combat.
Deux généraux
Scott Chantler
La Pastèque
152 pages
23,95 $