Le 23 mai 2013
CANOE.CA / HOMMES / CHRONIQUES / Peur de partir à l'aventure?
la chronique de
Nicolas Ouellet
 

Peur de partir à l'aventure?

Canoe.ca  | 30 août 2012

Je reviens d’un séjour de pêche, bien installé dans le bois. Ce n’est intéressant que pour ceux qui y étaient, c’est-à-dire mon père et moi-même, mais vous verrez, il y a plus. Il y a cette réflexion que je me suis passée au bout du quai, simple et concluante: on ne part pas assez.

«Qu’est-ce que tu en sais, toi, si je pars assez?», que vous allez me dire. J’en sais ce que j’en vois, j’en sais ce qu’on m’en dit et j’en sais ce que je suis – et je considère être un homme assez moyen, mis à part un ou deux traits de caractère excentriques. Combien de fois en une année est-ce qu’on pense plus ou moins sérieusement à une longue évasion, à un voyage hors de tout repères, hors de toutes personnes connues, de tous lieux communs et de toutes choses sécurisantes, pour faire le point, pour changer, pour prendre du recul, pour devenir – en quelque sorte – un homme nouveau? Combien de fois, que diable, ne passons-nous pas à l’action?

Nos excuses sont toujours simples et habilement fignolées. Le travail prenant et l’argent manquant suffisent souvent à nous faire mettre une croix sur le moindre projet d’aventure. L’infime proportion de gens qui mettent leurs plans à exécution sont des audacieux, des téméraires, des gens enviables dont on se contente d’écouter les récits avec ce détachement qui nous évite d’éveiller le soupçon ce regret qui niche au creux de notre estomac – et qui est prêt à nous dévorer de l’intérieur. La vie est ainsi faite, d’immobilisme et de petites peurs.

Partir longtemps, c’est une chose, partir tout court, c’en est une autre. Le laps de temps importe peu, c’est le geste qui compte. Si avec des cennes on fait des piastres, avec des jours on fait des semaines. Et des mois. Commençons donc par le commencement et autorisons-nous à nous enfuir, sur une go ou sur une gosse, tout de suite. Pas trop longtemps, juste assez pour voir ce que ça calme, dans le creux de l’estomac.

Dans quelques heures ce sera le début du congé de la fête du travail. Un «beau trois jours» comme disent les vieux. Une petite escapade sans filet, sans barrière et sans «oui mais», ça vous dit?

Allez, c’est un défi. On s’en reparle la semaine prochaine (quand on aura un nouveau gouvernement, aussi)!

Chroniques