Le 25 mai 2013
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la chronique de
Nicolas Ouellet
 

Legault et les jeunes: et le bonheur dans tout ça?

Canoe.ca  | 23 août 2012

Campagne électorale, matin 14. Comme j'aime parfois le faire, j'ai réglé l'alarme de mon téléphone cellulaire trois minutes avant une heure juste, question d'avoir le temps de me décoller les yeux, de me craquer la mâchoire et d'écouter le radiojournal national.

Comme à tous les bulletins depuis exactement deux semaines, les élections défraient la manchette. Grand bien nous en fasse, un électeur informé en vaut deux. Minimum. La nouvelle casse-gueule du jour: François Legault et ses déclarations pour le moins tranchées sur la jeunesse québécoise. Un autre, tiens donc, qui a un problème avec la belle vie.

Commentateurs politiques et adversaires – Jean-François Lisée en tête – se sont occupés de répondre à ses assertions dans les règles de l'art, lui donnant raison en ce qui a trait à la productivité par heure travaillée, mais défaisant à grands coups de statistiques le reste de ses commentaires plus que moins subjectifs. Ceci étant réglé, occupons-nous de cela.

Quand il a eu la chance d'amender ses propos, François Legault a préféré persister et signer en y allant de cette déclaration:

«C'est pas un blâme à l'égard des jeunes. C'est un blâme à l'égard des valeurs que nous, comme parents, on transmet à nos jeunes. Faut davantage transmettre à nos jeunes des valeurs d'effort et de dépassement de soi.»

Effort, dépassement de soi, d'accord, mais le bonheur lui? Je ne pense pas avoir été élevé dans un cadre particulièrement excentrique ou libertaire, mais plutôt dans cette famille moyenne qui devrait à toute fin pratique – et je dis bien à toute fin pratique – être séduite par les propos du chef caquiste.

Pourtant chez moi, c'est avant tout du bonheur dont on parlait. De prendre ces décisions qui rendent heureux, épanouis, comblés, libres et de se laisser vivre toutes ces choses qui font logiquement des citoyens et des hommes si ce n'est meilleurs, du moins plus complets. Le reste – les valeurs d'effort, de dépassement de soi et tout le tralala – va suivre automatiquement, qu'on m'a dit. Et c'est vrai.

Legault est sidéré d'entendre des jeunes lui dire que ce qu'ils veulent plus que de la richesse dans la vie «c'est de ne pas avoir de stress». Où il voit de la paresse, j'entends une génération qui, plutôt que de vouloir faire la «belle vie», crie «Bonheur es-tu là?» avec la même anticipation et la même détresse qu'Yvon Deschamps. Parce que cette génération sait pertinemment que la retraite est pour elle une quasi utopie et qu'elle doit conséquemment s'appliquer à trouver, faire et vivre de ce qui la passionne, de ce qui fera plus que simplement la satisfaire et ce, pour toute la vie. Le travail, désormais, n'est plus un interlude entre la désinvolture de la jeunesse et la liberté de la retraite et oui, trouver la bonne voie est un travail d'essais et d'erreurs qui peut tendre à s'étirer.

Les jeunes ne sont et ne seront pas improductifs. Ils prennent seulement le temps qu'il faut pour devenir ces contribuables rêvés, qui travailleront longtemps et, surtout, heureux. Tout ce qu'ils demandent, c'est un peu de patience, parce que comme l'a aussi dit Deschamps: «Si tu veux le bonheur il faut que tu te prépares en conséquence».

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