Alors que l'un s'est lancé à pieds joints dans l'arène politique, l'autre s'éloigne de l'épicentre tumultueux d'un conflit qui l'aura nourri, inspiré, puis écorché, épuisé et frustré. À vingt-deux ans, Gabriel Nadeau-Dubois aura été bien malgré lui le visage et la voix d'une faction d'un mouvement qui, à l'heure où on se parle, reprend lentement son erre d'aller.
Il était non loin d'une heure trente ce matin, quand j'ai lu la lettre de Gabriel Nadeau-Dubois, missive dans laquelle il explique avec cet aplomb et cette hargne contenue qui le caractérisent les raisons de son départ. Les phrases sont courtes, le message est clair: le jeune homme qu'il est, aussi convaincant et convaincu qu'il puisse être, a atteint ses limites. Sa carapace, bien que démesurément robuste pour son âge, a été affaiblie par les guerres intestines et les attaques – en haut et en bas de la ceinture – de ceux qui souhaitaient le voir tomber en emportant «son» mouvement avec lui.
Mettons ça sur le dos de l'heure tardive et de la fatigue qui l'accompagne, mais son message m'a profondément ému. Je suis bien loin d'entériner chacune des positions, chacun des idéaux et chacune des sorties qu'a livrés GND, mais je salue chapeau bien bas l'homme qu'il a su devenir, qui plus est dans l'espace public.
C'est un moment charnière que le début de la vingtaine. Je parle en connaissance de cause, j'y étais encore hier. On réalise que l'insoutenable légèreté de notre adolescence était en fait ce qu'on connaitrait de plus près de la liberté. On nourrit l'envie paradoxale de s'y retrouver de nouveau, tout en éprouvant l'insatiable désir de devenir quelqu'un ou, à tout le moins, de se trouver.
C'est sur ce point et en ce contexte d'éveil sociopolitique que l'ex co-porte-parole de la CLASSE est impressionnant. Il a su transcender sa propre crise, de post-adolescence celle-là, et vieillir un peu plus vite (et un peu mieux?) que ses comparses révolutionnaires. Il a su affronter la joute politique et celle de la rue, et même contenir son sang bouillant lorsqu'un professeur de l'ÉNAP l'a accusé en direct de tenir un «discours de batteurs de femmes», pour ne reprendre qu'un exemple parmi tant d'autres. Il a agi en homme, engagé et contestataire, qui a su se lever, prendre les coups, gueuler, se taire et, en bout de ligne, assumer. Et c'est précisément là qu'il se distingue du simple garçon indigné ou du leader étudiant opportuniste.
Que l'opinion publique en pense ce qu'elle veut, les derniers mois nous aurons permis d'assister à la naissance d'un homme d'envergure. Savourons-le, ça n'arrive pas souvent.
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