Le 21 mai 2013
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la chronique de
Nicolas Ouellet
 

Protégez-vous, qu'ils disaient

Canoe.ca  | 28 juin 2012

Il était environ 10h45 quand j'ai entendu le long crissement des freins, suivi d'un bruit d'impact à peine perceptible. Je regardais ironiquement cette vidéo pour la énième fois de la journée. J'y ai mis pause et je me suis approché de la fenêtre.

La première chose qui me frappe, c'est le conducteur paniqué hors de son VUS, qui crie à qui veut bien l'entendre qu' «il s'est cris*é devant lui ». Il, c'est le cycliste, étendu au sol, victime de l'impact. La circulation s'arrête, des commerçants du coin approchent, les services d'urgence doivent être engorgés des seuls appels logés par les gens arrêtés en bordure de la rue et un homme, visiblement aguerri en premiers soins, est déjà penché pour assurer le maintien de la tête du cycliste.

Cette tête. Nue. Chevelue, mais sans casque.

Je me revois, jeune ado téméraire, frivole et dans le vent, écoutant d'une oreille distraite ma mère qui me somme de mettre un casque avant de partir à vélo, sachant très bien que je l'enlèverai et le mettrai dans mon sac une fois le coin de rue tourné. « C'est pas cool, un casque! » que je me disais.

Je repense à ma blonde qui, pas plus tard que le printemps dernier, m'a forcé - malgré mes yeux au ciel et mes sophismes sur la masculinité - à m'acheter un casque quand elle a su que j'aurais un vélo neuf, n'hésitant pas à m'assommer de sermons sur le syndrome de l'enfermement (un peu dramatique, j'en conviens).

Et j'en reviens à ce gars, étendu dans la rue, qui devait se dire comme bien d'autres de nos pairs, qu'il n'avait pas besoin de ça, un casque, qu'il savait faire du vélo comme tout le monde et qui, dans les confins de son subconscient, devait voir tous les autres sauf lui étendus sur le bitume, au pied d'un VUS, le vélo tout croche et le corps immobile.

Je ne sais pas si ça existe, le syndrome de l'homme invincible. J'imagine que ceux qui prennent le volant ivre ou qui se spécialisent dans les excès de vitesse pourraient aussi m'en dire plus…

L'autre histoire, celle qui commence derrière les portes closes de l'ambulance, on se la fait dans notre tête. Que les conséquences soient graves ou insignifiantes, c'est la frousse qui sert de leçon.

«Protégez-vous», qu'ils disaient.

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