- T'aimes ça le soccer, toi? qu'on me demande souvent ces temps-ci, à la fois très étonné et un brin dégoûté.
- Plus que tu penses! que je me plais à répondre, beaucoup plus par honnêteté que par bravade.
Avec l'Euro qui bat son plein, je suis sur la défensive. Sans mauvais jeu de mots. J'ai plus souvent qu'autrement l'impression d'être considéré comme un énergumène, voire un traître qui s'élève au-dessus de nos bons vieux sports nord-américains pour se péter les brettelles à grands coups de complicité avec nos voisins d'outre-Atlantique. Il n'en est rien.
Dix-huit ans de ballon rond d'assez bon niveau derrière la cravate – ou les protège-tibias, c'est selon – ça te cause une sévère déformation sportive. Que j'assume et que j'embrasse.
Pourquoi le soccer plutôt que le sacro saint hockey? Aucune idée. En fait oui. C'est à cause de – ou devrais-je dire grâce à – mon frère. J'avais trois ou quatre ans, il en avait huit ou neuf, il comptait cinq ou six buts par match avec le club de mon quartier. J'exagère à peine. J'ai voulu faire comme lui. Je l'ai fait. Le reste fait partie de l'histoire… de la mienne en tout cas!
J'ai tenté un nombre incalculable de comparaisons, une quantité toute aussi exorbitante de moyens d'expliquer à ceux qui n'ont pas été initiés au soccer par l'action toute la beauté qui émane du sport. Sans succès. Je n'ai jamais trouvé ne serait-ce qu'une seule façon de vendre, de convaincre et, surtout, d'accrocher un néophyte rébarbatif à un match complet de football, comme ils disent en Europe. Vous me direz que je suis fort probablement peu persuasif et sévèrement ennuyant. J'enverrai Joey Saputo au front la prochaine fois.
Il y a cette chose, par contre, que j'ai rarement osé dire, de peur de me faire sacrifier sur la place publique – au sens figuré, soyez sans craintes. Ah, tant pis, je me lance:
J'aime le soccer parce que c'est un art.
(Allez-y, c'est le moment de me lancer des tomates et de me traiter de snob.)
Pour moi, comme pour une œuvre d'art, apprécier le soccer est un exercice de patience, de volonté, d'engagement et de passion. C'est une œuvre qui demande irrémédiablement de la technique, qui peut être consciemment erratique, volontairement construite ou déconstruite, que l'on finit par décoder, non sans effort. Ce sont des styles qu'on aime, qu'on n'aime pas ou qu'on aime détester.
Pour le joueur, c'est une quantité fantastique de manœuvres qui frôlent l'acrobatie, c'est une vision globale qui se déploie dans les détails, ce sont des traits à la fois répétés, étudiés et instinctifs. C'est un effort collectif qui se nourrit autant de la puissance que de l'émotion. C'est l'ouverture et la fermeture et c'est, ce que plusieurs exècrent, la chute souvent anticipée, parfois inattendue. C'est de la provocation et c'est souvent la résilience dans son plus simple appareil.
(Ah oui, et pour vos blondes, c'est aussi David Beckham et Cristiano Ronaldo. Elles vont vous le dire, elles, ces gars-là sont deux belles œuvres d'art...)
Cela dit, je ne vous rabattrai pas les oreilles avec des chiffres, comme les centaines de millions de joueurs dans le monde et les plus de 200 000 au Québec qui en font le sport le plus populaire de la province, mais je me permets de vous mettre au défi : le 1er juillet, trouvez un bar où les supporters d'une des deux équipes finalistes de l'Euro 2012 vont regarder le match et allez-y. Le reste va faire partie de l'histoire… de la vôtre en tout cas! Parce que comme disait Albert Camus: «Ce que je sais de la morale, c'est au football que je le dois»…
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