J'ai été malade, il y a deux semaines. Rien de grave, rassurez-vous, juste une grippe. Une grippe d'homme en fait. Vous savez, celle qui dure sept grosses journées au lieu d'une petite semaine? L'enfer.
Pour passer le temps entre les oranges, l'échinacée, le décongestionnant, la bouteille d'eau, les râlements, les siestes et aussi, je l'avoue, pour me rappeler à grands coups de télé réalité qu'il y a des situations pires que la mienne, j'ai entrepris de passer à travers la dernière saison de La Ruée vers l'or, diffusée ce printemps à TVA. Vive la vidéo sur demande.
La Ruée vers l'or, c'est l'aventure de dix individus comme vous et moi - ok, peut-être légèrement plus en forme… - qui ont entrepris de revivre en 75 jours l'épopée qu'ont vécue les prospecteurs en devenir lorsque la fièvre de l'or s'est emparée du monde entier. Tout ça, de leur plein gré et dans des conditions identiques à celles de 1898. Il faut être soit fou, soit surhumain. Je vous confirme qu'ils sont un peu des deux.
J'ai regardé les huit épisodes d'une heure télé en 48 heures. Ne me jugez pas. En général, quand je regarde des émissions de télé réalité, je parle tout haut, je juge un peu les candidats et leurs décisions, je me dis que j'aurais fait plus si, moins ça et j'en conclue souvent, tout compte fait, que la télé réalité porte bien son nom parce que même moi, fier membre du commun des mortels, j'aurais pu être/faire comme eux.
Là, non.
La bouche ouverte – pas seulement à cause du nez bouché – et les yeux écarquillés, j'ai vécu l'ultime paradoxe en regardant de mon divan douillet ces candidats-prospecteurs se débattre comme diables dans l'eau bénite, en état perpétuel de survie. J'ai pogné d'quoi, comme on dit, j'ai relativisé ma « maladie » et surprise! je me suis posé des questions.
Comme celle-ci, toute évidente: qu'est-ce qui pousse un être humain à s'enrôler volontairement dans un périple aussi casse-cou, un voyage quasi inhumain dans lequel des gens sont morts, à l'époque, d'une vraie de vraie mort non scriptée?
Une seule réponse: l'envie de se sentir en vie.
On a tous ce besoin, un jour ou l'autre, de manger une bonne gauche en pleine face – au sens propre ou figuré – tout simplement pour s'assurer qu'on est encore capable de sentir quelque chose, ou de vivre une chute en règle pour se prouver qu'on est encore assez fort, assez tough pour se relever. On a tous besoin du vide pour faire le plein et parfois, il faut qu'on se donne un coup de main.
Quand je vois Martin, un des candidats, revenir dans l'aventure après avoir littéralement frôlé la mort en mangeant du tabac du diable, une plante mortellement toxique, je saisis l'ampleur du pouvoir destructif et constructif que l'on a et surtout, que l'on veut avoir sur nous-mêmes.
Quand j'observe Chantale - quarante-quatre ans, maman de trois enfants, jolie comme tout, athlète dans l'âme et leader née pour la paraphraser - menacée à plusieurs reprises de quitter l'aventure parce qu'exclue du groupe et à bout de force, je découvre la vulnérabilité que chacun n'ose même pas soupçonner porter en soi.
Et pourtant…
En tout cas, je leur lève mon chapeau à ces désormais prospecteurs, juste pour avoir su raviver et stimuler mon envie de vie et de défis. Parce que oui, ça sert aussi à ça, la tivi.