Non. En fait oui. Des fois.
Comme quand le Canadien fait les séries. Comme quand hockey rime avec pizz', bières et chums de gars. Comme quand Sidney Crosby marque le but en or en finale des Jeux Olympiques d'hiver. Comme quand j'entends à la radio que PK Subban a été étincelant. Je l'aime bien, moi, Pernall Karl.
Parlant de PK, je me demande ce qu'il en a pensé, lui, de cette poignée de fans malengueulés des Bruins. Vous savez, ceux qui ont déversé sur Twitter leur fiel contre Joel Ward des Capitals de Washington après qu'il ait marqué un but en prolongation pour donner la victoire du match et de la série à son équipe? Ceux qui, comme cette internaute, ont gazouillé des perles telle que «Can't believe Boston just let a sand nigger beat them #gobacktojungle» («Je ne peux pas croire que Boston ait laissé ce sale nègre les battre #retournedanslajungle»).
S'il est comme moi, PK a sourcillé. Soupiré. Hoché de la tête, imperceptiblement. Son battement cardiaque a augmenté de trois ou quatre battements par minute. Pour trois minutes. Juste le temps de partager sur un réseau social ou un autre la page où ont été répertoriés tous les gazouillis racistes qui ont suivi le but de Ward. Parce qu'il faut montrer l'imbécillité pour la combattre.
Il s'est ensuite souvenu de cet ami, qui à dix ou onze ans, l'a traité de maudit nègre. Juste parce qu'il venait de le battre au ballon chasseur. Il s'est rappelé du silence de mort qui a régné sur le terrain de jeu pendant une dizaine de secondes. Puis du «Je m'excuse» timide de son copain, suivi de ce petit bout de phrase qu'il allait être condamné à entendre sporadiquement tout au long de sa vie: «Je ne suis pas raciste, mais…».
Au début, quand on nous la sert celle-là, on essaie de comprendre. De voir où le mais mène. On tente d'entrer dans la tête de celui ou celle qui nous offre son raisonnement, les yeux dans les yeux, presque complice, comme si il s'agissait d'une vérité de La Palice. On emprunte les tours et les détours de son esprit pour saisir d'où vient ce foutu mais et, surtout, ce qu'il peut bien vouloir dire.
Assez rapidement, on abdique. Non, je ne comprends pas mieux ce que tu veux dire parce que j'ai été adopté, parce que je me suis bien adapté, parce que je suis ici depuis un bout, parce que je porte un nom «ben québécois» ou parce que «dans le fond, mis à part ma couleur de peau, je suis comme toi».
On ne peut pas ne pas être raciste au conditionnel. N'avoir rien contre l'autre sauf si, c'est avoir quelque chose contre l'autre tout court. Parce qu'au final, c'est dans le mais que sied le débordement. C'est dans le mais que ces fans invétérés des Bruins ont trouvé la force – ou la lâcheté – de s'en prendre gratuitement à Joel Ward. Et c'est ce mais, bombe à retardement vicieuse, qui finit toujours par nous éclater en plein visage. Sans qu'on s'y attende.
Si on est tous des Hommes, agissons comme tel.
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