Mélodie Nelson

Chronique de Mélodie Nelson

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Canoë

Une banque britannique enquête sur les acheteurs de condoms

Une banque britannique enquête sur les acheteurs de condoms

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Mélodie Nelson

Dernière mise à jour: 31-03-2017 | 16h26

Pour tenter de sauver des victimes de trafic humain, une banque anonyme au Royaume-Uni espionne les acheteurs de condoms. Cette banque regarde aussi ceux qui vont dans des restaurants huppés et vraiment crasseux la même journée, car, croit-elle, le client paie ainsi pour un repas galant avec une escorte et les frites graisseuses mangées par le proxénète en même temps, dans un endroit moins recommandable.

Perversions analysées et couleurs de vernis ignorées

Cette tactique a été révélée dans le cadre d'une conférence sur le trafic humain, que ce soit par rapport à la servitude domestique, l'exploitation de la main d'oeuvre et des enfants. Toutefois, c'est inévitablement à la prostitution que se rattachent la majorité des projets de lois et d'aide contre le trafic humain. Cette obsession sur l'industrie du sexe a des conséquences horribles sur les victimes d'autres secteurs, comme celui de la construction, de l'agriculture, des usines, de la restauration, des salons de manucure, car elles sont plus souvent négligées ou ignorées.

Quand il y a trafic ou travail sous violence coercitive, il est impératif d'agir. Mais est-ce qu'il y aurait d'autres façons de procéder, plus productives, que d'espionner les acheteurs de condoms? La banque anonyme insistait sur la nécessité d'imiter ses procédures, indiquant que suite à sa collecte d'infos sur les hommes qui adorent trainer dans les pharmacies pour collectionner les condoms lubrifiés ou pas, elle utilisait ensuite les données pour vérifier l'âge, la nationalité et le lieu géographique de l'acheteur, avant d'ultimement confier les infos à la police.

Qu'est-ce que cela signifie? Que la banque tente de connaitre la vie sexuelle de ses clients, tout en jugeant, selon leur nationalité, de leurs possibles perversions?

Coupable de se protéger?

Utiliser les condoms comme preuve d'un crime est néfaste: si véritablement les clients de prostituées sont coupables ou en contact avec un trafiquant, ils délaisseront l'utilisation des condoms, pour ne pas être éventuellement poursuivis.

Aux États-Unis, un programme du Département de la sécurité intérieure préconise que les employés dans les hôtels vérifient si les clients laissent plusieurs condoms pleins de foutre dans les poubelles de leur salle de bain, si leur chambre pue, s'ils ont des tatouages suspicieux et s'ils gardent longtemps le signe «Do not disturb» à leur porte.

En Russie, au Kenya, et dans plusieurs États aux États-Unis, les travailleuses du sexe sont également reconnues coupables de prostitution si elles ont des condoms en leur possession. Pour ne pas être harcelées ou arrêtées par la police, certaines travailleuses du sexe en viennent donc à ne pas du tout se procurer de condoms, mettant ainsi leur santé en jeu.

Écoutons les victimes plutôt que les banques

Le trafic humain est un enjeu réel, mais il est nécessaire de bien le définir, afin de ne pas jouer le jeu du lobby contre le travail du sexe. Un trafiquant est quelqu'un qui crée un climat de peur, qui force, intimide et contrôle un travailleur, en se servant de ses vulnérabilités (statut précaire, éducation limitée, manque de connaissances de ses droits et des ressources d'aide) pour l'affaiblir.

La prostitution n'est pas un synonyme d'exploitation ni de trafic. Au Canada, en ce moment, les forces de l'ordre jugent que toute travailleuse du sexe est une victime. Ce ne sont pas toutes les travailleuses du sexe qui aiment ou se sentent bien dans leur travail. Il ne faut pas aliéner celles qui ne crient pas youppie en ouvrant les jambes. Que ce travail soit fait pour payer ses études, un tableau à l'encan, un séchoir à cheveux ou des céréales pour ses enfants, les lois ne peuvent entraver la sécurité et la dignité des travailleuses. En jugeant que les condoms sont une preuve de délit, il est clair, encore une fois, que les victimes véritables et potentielles ne sont pas protégées et écoutées.

En décriminalisant le travail du sexe, les personnes vulnérables auraient moins peur de porter plainte à la police contre un employeur abusif. Il serait aussi utile de mieux faire connaitre les programmes d'aide et de renforcer leurs finances, au lieu de tenter de lire l'aura des factures de pharmacie d'acheteurs de condoms.

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