Mélodie Nelson

Chronique de Mélodie Nelson

Mélodie Nelson
Canoë

Qui sont les clients des travailleuses du sexe?

Qui sont les clients des travailleuses du sexe?

Découvrez les mythes sur les mecs qui paient pour jouir...Photo Fotolia

Mélodie Nelson

Même si c'est répété par plein de travailleuses du sexe, la prostitution n'est pas du tout l'acte de vendre son corps. Ni de le louer. Ni de jongler avec des couilles tout en chantant du Dalida. Quoique jongler avec des couilles tout en chantant du Dalida reste plus plausible que de vendre trois orteils et des tétons percés.

Les travailleuses du sexe offrent des services sexuels, pour lesquels elles sont rémunérées. Les mythes entourant leur travail sont nombreux, parce que tout le monde préfère céder à la panique et croire que c'est affreux de prendre la décision, dans un contexte économique capitaliste, de devenir escorte au lieu de se ronger les ongles en criant que nos organes génitaux sont obscènes.

Mythes sur les mecs qui paient pour jouir

D'autres mythes, dévastateurs aussi, courent sur les clients. Les clients ne sont pas parfaits. Certains sont intéressants et parlent de la fresque de Mussolini dans une église dans la Petite-Italie. D'autres annulent des rendez-vous après qu'une escorte se soit rasé la chatte et pris un taxi pour 60 $. Les clients des travailleuses du sexe ne sont pas différents des clients présents dans toutes les autres industries: quelle caissière d'épicerie n'a jamais voulu bâiller devant la mauvaise blague d'un homme qui lui parlait de la taille de la bouteille de Pepsi dans son caleçon?

En tout cas. Les idées fausses sur les clients des travailleuses du sexe nuisent autant aux personnes qui paient pour se faire sucer qu'à celles qui se mettent à genoux pour enfiler un condom avec leur bouche:

1. Ils sont vieux

Vieux, ça veut dire quoi? Être escorte m'a permis d'accepter et de trouver beau tous les types de corps. Je croyais ne rencontrer que des mecs de 65 ans et plus. J'en ai eu un seul assez âgé et sa peau diaphane et ses veines bleues m'ont laissé un souvenir doux. Une amie de 40 ans, escorte depuis six ans, m'a dit que «beaucoup de jeunes de 20 ans» veulent une expérience sexuelle avec elle. «Je leur fais des rabais s'ils me montrent leur carte étudiante», a-t-elle ajouté.

2. Ils ont accès à tout dès qu'ils paient

«Des amis tombent de leur chaise quand je leur dis que je peux refuser des services et ne proposer que certaines spécialités, m'a raconté Lila. Souvent, j'ai l'impression que c'est leur habitude à eux, avec les plans cul ou leur vie de couple... Les gens pensent encore qu'une fois qu'on est à poil, tout le monde est d'accord pour tout faire. J'ai des amis qui ne sont pas dans l'industrie du sexe qui me disent qu'ils ne savent pas dire non, quand ils sont au lit. Ils ne savent pas dire non ou ils ne sont pas entendus. Un ami déteste recevoir des fellations et quand il ose le dire, les meufs ne l'écoutent pas. Du coup, l'idée que le consentement entre une professionnelle et un client est pris au sérieux les fait halluciner.»

Les clients n'imitent pas les relations non respectueuses, ou s'ils le font, ce n'est pas du tout encouragé par les escortes, qui ont même pour eux un guide sur les bonnes manières, publié par l'organisme Stella, intitulé Cher Client, manuel à l'intention des clients des travailleuses du sexe.
Émeraude souligne que «le client n'est pas roi et ne décide pas de tout sous prétexte qu'il a sorti des billets. Il doit me faire part de ses envies, me dire ce qu'il attend d'un rendez-vous, et je décide si je suis d'accord ou pas.»

3. Ils sont des agresseurs

Rose-Evelyne indique que les clients sont souvent vus comme des violeurs et que ça a des répercussions très graves. «Ça invisibilise les clients qui violent et ça empêche d'ouvrir des réflexions sur pourquoi certaines se sentent violées après chaque client, alors que d'autres se sentent violées quand un client dépasse effectivement leur consentement.»

Cassandre en a assez que les clients soient vus comme des pervers et que les travailleuses du sexe les accueillent avec des cuisses grandes ouvertes: «Cette idée merdique selon laquelle on est la poubelle de l'humanité... Untel est un violeur? Il peut aller aux putes pour ça. Un autre trompe sa meuf? Pareil, il y a les putes pour lui. Comme si on ne refusait personne.»

Mireille, elle, relate une conversation avec une voisine à ce propos: «Une voisine, un jour me dit qu'elle est pour la réouverture des maisons closes, comme ça il y aurait moins de violeurs... Je lui ai dit «non merci, je n'ai aucune envie de me taper des violeurs. Tu crois qu'un mec qui viole, qui kiffe de passer outre un consentement ou qui kiffe de prendre sa partenaire de force, tu crois qu'il kiffe de payer?» Et puis les maisons closes... donner la moitié de la somme de sa passe à un patron ou à une patronne? Non merci. Je peux m'auto-gérer.»

Le 3 mars est la journée internationale des travailleuses du sexe. Ces travailleuses paient leur loyer, achètent les manuels scolaires de leurs enfants et leurs bananes bio grâce à leurs clients. Les clients sont parfois des hommes d'affaires, parfois des ouvriers de la construction. Ils ont parfois des cheveux gris, parfois des gros muscles, des fesses plates ou une verrue plantaire. Ils parlent de leur ex petite amie qui aime les restaurants thaïlandais et du mariage en Californie de leur fille. Ils ne sont pas des mecs dégueulasses - ni des femmes dégueulasses, car nous les oublions aussi souvent, les clientes. Ils sont bien moins dégueulasses que ceux qui osent leur affubler toutes les tares du monde entier.

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