Mélodie Nelson

Chronique de Mélodie Nelson

Mélodie Nelson
Canoë

Les ruptures

Les ruptures

«Nous avons rompu une fois, mais nous avons rompu tant de fois avec ce que nous étions.»Photo Fotolia

Mélodie Nelson

Dernière mise à jour: 30-11-2016 | 10h07

Quand il m'a dit qu'il ne voulait plus me revoir, c'était le matin et j'avais acheté des dizaines de poires la veille. C'était novembre et je n'ai mangé que des poires pendant trois jours. Je me souviens aussi d'avoir transporté un gâteau aux amandes de la Piazetta dans un métro et d'avoir marché en ballerines, sous la neige, une neige qui tombe comme la pluie, mais plus douce, une neige qui ne donne pas froid, mais qui rend tout plus triste ou plus beau. Il était passé minuit, je marchais avec ma cousine, en ballerines, sous la neige, et je lui répétais que je ne reverrai plus jamais cet homme.

Dix ans plus tard

Dix ans plus tard, novembre goûte encore les poires.

Quand je lui raconte, à cet homme qui maintenant me caresse quand je ne réussis pas à m'endormir, parce que je ne réussis jamais à m'endormir, quand je lui raconte il me dit: «Et tu dois trouver ça romantique». Je lui souris et, oui, je trouve ça romantique, de lier nos débuts au goût des poires. Il ne trouve pas ça romantique, mais il aime que je trouve ça romantique, il trouve ça étrange, lui, il pleure quand il écoute Brel, il pleure quand il pense à son père, il ne pleure pas en pensant à la neige d'il y a dix ans.

Perdre ce que nous ne voulons plus avoir à retrouver

Nous sommes ensemble malgré tout. Nous sommes ensemble même si je lui rappelle ce qu'il n'a plus, un surnom de Casanova et l'idée que la liberté c'est d'être n'importe où n'importe quand. Nous sommes ensemble même si parfois je crois qu'il me déteste et que je le déteste. Je le murmure. Je ne le dis jamais à voix haute. Je le murmure, couchée dans notre lit, je le déteste, et je regarde mes lèvres dans le miroir et je répète que tout ira bien, et tout va bien le lendemain ou le surlendemain parce que nous nous aimons comme des gamins qui se bagarrent sans cesse, mais nous nous aimons, pour vrai, malgré tout, malgré ce que je néglige, malgré ce qu'il n'écrit pas au tableau, malgré le fromage aux noix de cajou que je n'ai pas encore fait.

J'ai encore peur de le perdre, parfois. Il a encore peur que je ne revienne pas, quand j'ai les yeux brillants d'une deuxième vie, d'une troisième vie, d'une vie clandestine, de laquelle il ne sait pas s'il est inclus ou oublié.

Rompre avec soi-même

Nous avons rompu une fois, mais nous avons rompu tant de fois avec ce que nous étions. Il ne rit plus à certaines blagues. Quand j'ai des yeux tristes, quand d'autres femmes ont des yeux tristes, il ne parle pas, il écoute. Il écoute plus souvent et il croit à la douleur qui lie toutes les femmes ensemble, la douleur de ne pas savoir ce qui sera suffisant si nous sommes arrêtées dans la rue, si notre porte-clés dans notre poing nous protège plus que nos cris. J'ai rompu avec l'idée d'être une personne différente chaque jour, j'ai rompu avec l'idée de me perdre dans la neige, j'ai rompu avec celle qui dormait toute une journée, je ne dors plus, presque plus.

Pendant la journée, je l'attends, comme il m'attend, nous nous embrassons comme avant.

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