Mélodie Nelson

Chronique de Mélodie Nelson

Mélodie Nelson
Canoë

Encore plus de mythes sexuels

Mélodie Nelson

Dernière mise à jour: 09-11-2016 | 12h16

C’était joyeux de vous apprendre la semaine dernière qu’utiliser un sac Ziploc au lieu d’un contraceptif était ridicule. Poursuivons avec d’autres mythes qui sont parfois tellement répétés – par des personnes admirées comme Oprah Winfrey ou étrangement admirés comme Stéphane Edouard, un expert de la drague et du gros poing à rentrer dans sa bouche – qu’on les croit bien malgré la logique.

1. Le coït interrompu prévient les grossesses non désirées

Je connais un mec dont la blonde s’est faite avorter quatre fois. Leur méthode de contraception: celle du retrait.

Il y a plein d’avantages à cette méthode: elle ne coûte rien, elle n’interfère pas sur le système hormonal, elle encourage une bonne communication entre les chauds lapins et elle est écologique, car elle ne produit aucun déchet, sauf pour ceux qui s’essuient le gland après avec des mouchoirs.

Il y a un gros inconvénient: elle ne fonctionne pas. En fait, elle fonctionne dans des conditions idéales, à 78%, pour les partenaires qui reconnaissent les signes annonçant l’arrivée de l’éjaculation et pour les mecs qui sont capables de se propulser à un mètre de leur partenaire pour être certain que leur sperme ne jaillit pas près de la vulve, afin d’éviter tout contact possible entre les spermatozoïdes et le vagin.

Une étude récente menée par Stephen Killick montre aussi que le liquide pré-éjaculatoire peut être composé de spermatozoïdes, restés dans l’urètre suite à une éjaculation précédente. Bien que ce ne soit pas tous les participants à l’étude qui possédaient des spermatozoïdes dans leur liquide pré-éjaculatoire (sur 27 participants, 16 n’en avaient pas), il y a un risque certain à utiliser cette méthode lorsqu’on ne veut pas un nouveau membre dans la famille à chaque relation sexuelle.

2. Impossible d’être violé par un acteur plus riche que Mr. Monopoly

Ce n’est pas juste Trump qui pense que tout est permis dès qu’on est une célébrité. En France, un intervenant qui participe à l’émission «Mariés au premier regard» a un discours semblable.

Stéphane Edouard, qui se dit sociologue («Ma certification de docteur je ne la tiens pas d’une université. Je suis un sociologue élu par la démocratie, parce que j’ai raison dans les analyses», a-t-il déclaré), a quelques vidéos déplorables sur son site web de coaching amoureux. Il explique «comment dresser sa femme» et discute de «filles vulgaires, poupées plastifiées, filles à gros seins, bimbos, petites salopes».

Une vidéo, retirée depuis peu, le montrait aussi se questionner sur les agressions sexuelles qui se passent en soirée. Il y déclarait qu’il aimerait bien avoir la reconstitution des viols, avec dialogues exacts, parce que les gens mentent trop facilement, selon lui. Il s’était montré encore moins sensible lorsque des accusations de viol avaient été déposées contre Bill Cosby: «À partir d’un degré de «staritude», ce n’est plus l’homme qui va chercher les filles, mais ce sont les filles qui font la queue à la porte de la loge. Penser qu’une superstar, qui a été en son temps l’acteur le mieux payé du monde ait besoin de droguer et de contraindre des femmes à avoir un rapport sexuel avec lui, c’est déjà absurde en soi.»

Ne répétez pas de tels propos. Que les femmes fassent ou non la file devant la loge d’un mec, qu’un acteur gagne des millions pour montrer sa belle gueule ou qu’un docteur ait 20 diplômes sur son mur, personne ne peut soumettre une autre personne à consentir à des actes sexuels contre son gré. Le viol n’est pas une question d’argent, mais une question de pouvoir, de prise de contrôle, de domination.

3. Les hommes ne peuvent pas avoir d’orgasmes multiples

Je me suis déjà vanté d’être multi-orgasmique (Je n’ai pas de pénis, alors je ne peux pas faire pipi facilement quand je me promène dans la forêt, mais mon clitoris est mon meilleur ami pour la vie et je peux avoir quatre orgasmes en dix minutes), croyant fermement que c’était impossible pour les hommes de connaître cette joie qui rend la peau de mon clito hyper sensible.

C’est toutefois possible pour les hommes aussi, mais c’est souvent dû à une morphologie différente des autres hommes, ou à un apprentissage, découlant de techniques tantriques ou taoïstes. Le tantrisme voit dans l’orgasme une façon d’atteindre le nirvana et le taoïsme, bien qu’il idéalise aussi la sexualité, se base sur des méthodes respiratoires et de rétention, privilégiant la stimulation et non l’éjaculation, pour ainsi transformer son corps et toucher à l’immortalité.

Les travaux des chercheurs William Hartman et Marilyn Fithian ont démontré que 12% des hommes racontaient des expériences multi-orgasmiques.

4. Les féministes sont poilues

J’ai du poil sur les genoux parce que c’est vraiment impossible de se raser comme il faut les genoux.

Certaines féministes ne se rasent pas les aisselles. Certaines se mettent du rouge sur les lèvres juste pour sortir les vidanges. Certaines mangent la bouche ouverte, chantent des chansons de Saratoga dans leur auto, stressent quand leur chien grelotte, ne tuent pas les mouches, ont une paire de jean, ont trente paires de jeans, font des fautes d’orthographe dans leur curriculum vitae et jurent que la vie est belle grâce aux cerisiers.

Bref, parfois les féministes sont poilues, parfois non. Vous survivez à cette révélation?

Ce qui est intéressant à noter est qu’un tel mythe vise surtout à décridibiliser le féminisme. Le livre The History of American Women and Hair Removal rappelle qu’avant la Première Guerre mondiale, le rasage n’était pas si fréquent chez les femmes. C’est Gilette, dans l’entre-deux-guerres, cherchant à gonfler ses profits, qui a créé le premier rasoir pour femmes, amenant ainsi le rasage à devenir une obligation, alors que la mode vestimentaire féminine dévoilait de plus en plus de peau.

5. Sept jeunes femmes sont capables de se partager une queue

Les fameux party ou sept filles, arborant chacune une couleur différente de l’arc-en-ciel sur les lèvres, suceraient à tour de rôle un mec. Les «Rainbow Parties». Oprah Winfrey en a parlé à son émission au début des années 2000. Richard Martineau en avait parlé dans le «Voir» il y a un peu plus de 10 ans (j’étais au cégep; ça m’avait marquée). Votre tante en a parlé à votre mère et votre voisine en parle à la boulangère.

Les articles se sont multipliés à ce sujet, comme si cette activité était soudainement apparue et devenait le jeu de la bouteille de la jeunesse perdue du nouveau millénaire. D’ou cette panique morale et hystérique vient-elle? Pas d’un fait divers réel, mais d’un livre jeunesse de fiction.

Joel Best et Kathleen A. Bogle, les auteurs de Kids Gone Wild: From Rainbow Parties to Sexting, montrent bien qu’en exploitant la peur des parents de voir leurs enfants se transformer en jeunes adultes obsédés avec une gonorrhée au fond de la gorge, les médias s’en sont donné à cœur joie, privilégiant l’aspect scandaleux de ces célébrations hormonales plutôt que les données véritables. Ne se préoccupant que de rumeurs, des journalistes ont écrit des articles en insinuant que ce phénomène n’était pas encore arrivé à tel endroit (disons Repentigny), mais que c’était une épidémie ailleurs (disons Pointe-aux-Trembles). La peur et le sexe se vendent très bien ensemble.

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