Mélodie Nelson

Chronique de Mélodie Nelson

Mélodie Nelson
Canoë

Jusqu'à ce que la porno nous sépare

Jusqu'à ce que la porno nous sépare

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Mélodie Nelson

La porno rend sourd, misogyne, intolérant au lactose et elle précipite quasi direct au divorce.

C'est ce qu'une étude récente de l'Université de l'Oklahoma suppose, menée par Samuel Perry, un maître assistant en sociologie. Intitulée «Till Porn Do Us Part? Longitudinal Effects of Pornography Use on Divorce», cette étude, réalisée de 2006 à 2014, est la première à tenter de délimiter les effets de la pornographie sur la stabilité maritale. Pour Perry, commencer à écouter de la pornographie après son mariage, selon certaines conditions sociales, doublerait les risques de divorce et les triplerait si c'est une tendre épouse qui se crosse devant un trip à trois.

Jésus et les célébrités sont contre la porno

Même Jésus, dans l'Évangile selon Matthieu, nous prévenait des dangers de désirer une autre personne que celle que nous embrassons même quand elle ne s'est pas brossé les dents: «Mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur. Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi.» Perry, qui n'aime pas mentionner son adhésion à la faculté religieuse de l'Université, a-t-il conduit cette étude dans l'optique de sauver l'œil droit et le mariage de tous les pécheurs? Le maître assistant insiste qu'il a cherché à rester neutre et qu'il ne souhaite pas bannir la porno, mais que ses valeurs morales l'amènent à ne pas du tout souhaiter que sa femme ou ses enfants écoutent des films XXX.

Qu'en est-il vraiment? Même si plusieurs divorces célèbres ont invoqué la pornographie comme cause de rupture (Denise Richards et les goûts de Charlie Sheen pour des sites pornographiques «barely legal» et, plus d'actualité, Huma Abedin et les selfies cochons d'Anthony Weiner), il semble périlleux, pour plusieurs sexperts, de pointer les 34DD sur écran comme plus dangereux que des bas blancs dans des sandales ou comme de chanter pendant deux heures du Nicki Minaj avec la voix que Dieu m'a donné.

Les véritables dangers: la honte et une curiosité insatisfaite

Le thérapeute sexuel Ian Kerner estime plutôt que la pornographie diminue l'envie d'aller saupoudrer de sucre à glacer la chatte de la voisine et que les films pornographiques peuvent divertir et aider les couples à mieux communiquer leurs fantasmes. David Ley, l'auteur de «Ethical Porn for Dicks: A Man's Guide to Responsible Viewing Pleasure» croit pour sa part que si les femmes divorcent plus suite à l'écoute de films pornos c'est que leurs besoins sexuels ne sont pas comblés par leurs maris.

Mon mec pense de manière similaire: «Pour éviter le divorce, tout le monde devrait vivre certaines expériences avant le mariage, ou écouter de la porno, pour réfléchir à ses désirs sexuels. L'insatisfaction, après, de ne pas connaître l'orgasme, après l'avoir vu sur écran, vrai ou pas vrai, est moins intense et frustrante. Ce n'est pas tout le monde qui se sent à l'aise avec leurs fantasmes et la porno peut leur révéler qu'il n'y a rien de honteux. Une fois que l'idée que nos besoins sont importants et pas ridicules, c'est difficile d'accepter d'avoir une vie sexuelle aussi plate que des biscuits à l'avoine.»

10 h ou 4 min par jour avec la main sur ses couilles?

L'étude de Samuel Perry n'indique pas si la consommation de pornographie arrive à un moment précis dans la vie personnelle des participants: impossible donc de savoir si l'un d'eux venait de perdre son travail et passait alors 10 heures par jour à se masturber devant des nymphettes comparant la couleur de leurs tétons dans un jacuzzi ou si l'un d'eux écoutait une vidéo de 4 min recommandée par Ovidie, une productrice hyper intéressante et originale, afin de comparer la porno danoise et la porno de San Francisco.

De Ted Bundy au sexe en 3D

Les idées sur la porno changent si souvent. Le psychologue et évangéliste James Dobson avait réussi à faire dire au tueur en série Ted Bundy que sa dépendance à la pornographie l'avait rendu agressif. L'idée de violence est encore évoquée aujourd'hui, même si, lorsque la pornographie est devenue beaucoup plus disponible, les plaintes pour violences sexuelles ont chuté. Une étude américaine datant de 2004 montre qu'entre 1980 et 2004, alors que l'accès à la pornographie a été facilité, les actes sexuels violents ont diminué de 85 %. Et à l'Université de Western Ontario, une autre étude, moins récente que celle de Perry, démontrait que la pornographie n'avait pas d'impact négatif sur les relations interpersonnelles.

Aucune de ces données n'est donc à prendre comme l'unique vérité, mais elles poussent à réfléchir à notre rapport à la pornographie. Des magazines partagés entre copains, des VHS prêtés par un frère ou achetés dans une boutique, des sites pornos proposant du foutre et des fesses 24 h sur 24 et maintenant du sexe en 3D, les expériences et les innovations pornographiques se transforment et nous transforment sans doute aussi. Pour le meilleur et peut-être pour le pire si vous n'écoutez vraiment que des films de filles qui se prélassent dans des jacuzzis en attendant que leur peau soit plus gercée que bronzée.

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