Mélodie Nelson

Chronique de Mélodie Nelson

Mélodie Nelson
Canoë

Les hommes que j'aime comme des pansements

Les hommes que j'aime comme des pansements

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Mélodie Nelson

J'aime les hommes qui ont des souvenirs du premier film qu'ils ont vu. Le premier film avec leur grand-mère, une vieille institutrice qui ne mangeait pas pendant trois jours pour ça, le cinéma, puis un tour de carrousel, avant d'aller manger des cuisses de grenouilles.

J'aime les hommes qui me reconduisent chez moi et qui me parlent de leur mère. De leur mère qui n'aurait pas dû être mère, ou dont l'amour était insuffisant. L'amour est rarement suffisant, mais quand il s'agit de l'amour maternel, ça semble plus grave.

J'aime les hommes qui me reconduisent chez moi et qui ne me touchent pas les cuisses, même si je les invite presque à le faire. J'aime les hommes qui parlent français avec un accent anglais, et à qui j'écris: «j'ai rêvé que je te suçais dans ton automobile et il était presque 6 h du matin».

J'aime les hommes avec qui j'aurais voulu entrer dans une cabine d'essayage pour qu'ils touchent mes seins comme cadeau d'anniversaire.

J'aime les hommes qui m'ont vue pleurer et qui me trouvent belle quand je ne pleure pas.

J'aime les hommes qui ne me croient pas quand je dis que je vais bien.

J'aime les hommes qui m'ouvrent la bouche, qui regardent mes dents, et qui m'assurent qu'elles ne sont pas trop pointues et qu'elles ne le blesseront pas quand je le sucerai.

J'aime les hommes qui ont accepté de prendre ma main pour traverser une rue, de gambader avec moi dans des corridors comme si nous étions dans une comédie musicale, de prendre ma main, de chanter avec moi, de faire comme s'ils étaient à moi, et que j'étais à eux, même si nous ne connaissions ni l'adresse ni la couleur préférée de l'autre.

Quand je bois, je tombe, et parfois je reste longtemps au sol, les fesses collées contre l'alcool de tous les verres des autres filles et des autres hommes. Je dis que je vais bien, et je continue à danser, ou à vouloir autre chose, à chercher autre chose, les paroles d'une chanson, un bras, des pansements à mettre contre mon bras, et je m'abandonne.

Je bois seule aussi, pas juste avec des hommes, mais une fois, une fois au moins, j'étais avec un seul homme, et nous n'avons joué à rien. Je ne voulais pas jouer. Lui, je crois qu'il voulait juste que je boive trop pour inventer qu'il m'aimait une dernière fois.

J'aime les hommes qui ne se préoccupent pas que je les aime ou non.

J'aime les hommes qui ne me demandent pas de sourire.

J'aime les hommes qui me demandent de leur montrer mon dos, parce que mon dos est parsemé de taches blanches et noires et qu'il est beau, arqué.

J'aime les hommes qui me demandent de tout leur raconter, et à qui je raconte tout, au Petit Moulinsart ou ailleurs. J'aime les hommes qui ne fuient pas. C'est vrai qu'il n'y a rien à fuir, mais je sais que je dis trop tout, et que je ferais parfois mieux de juste parler de tulipes.

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