Mélodie Nelson

Chronique de Mélodie Nelson

Mélodie Nelson
Canoë

Nudité menaçante

Nudité menaçante

«Le corps des femmes [...] dans la pornographie ou la publicité, est accepté.»Photo Fotolia

Mélodie Nelson

Je ne suis pas Kim Kardashian, mais je me suis toujours trouvé belle de toute façon, sans savoir qu'à 14 ans, les permanentes, les lunettes installées croches sur mon nez et les boucles d'oreilles qui descendaient jusqu'à mes épaules ne m'avantageaient pas du tout.

Hustler et les jupes trop courtes

Quand j'ai posé pour Hustler dans mon demi-sous-sol à 18 ans, je me sentais chanceuse. J'étais certaine que mon nombril était parfait, mon toupet à la Bettie Page aussi. J'ai hésité entre encadrer le chèque ou me payer des lèvres aussi grosses que les coussins d'un aéroglisseur (j'ai finalement photocopié le chèque et mangé beaucoup de cheeseburgers grâce à l'argent donné par Larry Flynt).

Il me semble que je n'ai jamais clairement pensé à mon corps comme une menace. Et pourtant, à 15 ans, dans une jupe que j'avais fièrement cousue, j'ai été obligée de rester à la bibliothèque, alors que j'insistais pour me rendre à mon cours de mathématique (ce n'était pas pour hypnotiser des garçons avec mes jambes, mais parce que j'avais peur de ne pas avoir la note de passage si je ne participais pas à tous les cours), puisque la longueur de ma jupe ne semblait pas réglementaire.

Des seins acceptés que dans la pub et la porno

Quand Kim Kardashian a enflammé le web avec un selfie sur Twitter la semaine dernière, son manque de modestie et sa mauvaise influence sur de possibles groupies ont été soulignés. Se montrer nue, sans avoir à vendre un soutien-gorge, une bière ou une automobile, se révélait soudainement menaçant.

Le corps des femmes, lorsqu'il est consommé dans la pornographie ou la publicité, est accepté. Montrer son corps, toutefois, peu importe la raison, que ce soit vraiment parce que Kim Kardashian n'avait rien à se mettre ou parce qu'il est plaisant de voir ma frange de Bettie Page imprimée sur des pages lustrées, est inacceptable et dangereux pour la jeunesse d'aujourd'hui et pour l'avenir de la planète et du Manoir Coors Light.

Un exhibitionnisme jugé

Dans un groupe Facebook d'exhibitionnisme, j'ai eu le réflexe de demander à des femmes ce qui leur plaisait dans le fait de dévoiler leurs attributs, et ce qu'elles recherchaient en agissant ainsi. De l'attention? Des compliments? Tromper l'ennui au travail? Une femme m'a répondu que ça lui procurait du plaisir, tout simplement: «La première fois que je me suis montré, c'était un accident. Ma chemise s'est ouverte, je n'avais pas de soutien-gorge. J'ai aimé ça et j'ai continué. Parfois, c'est plus ou moins intentionnel, j'attache mal un haut, par exemple, ou je me penche de façon à ce qu'on voit mes seins. Sinon je mets des photos de moi sur le web, j'aime et c'est facile.»

Mon réflexe perpétuait un jugement, sans que je ne le veuille expressément. Pourquoi demander aux femmes ce qu'elles souhaitaient retirer de l'action de se dénuder? Pourquoi ne pas les laisser contrôler tout simplement leur corps et leur sexualité, sans avoir à analyser et décortiquer l'acte de poser une main sur un téton? Pourquoi ne pas les laisser présenter leur corps comme elles le veulent et quand elles le veulent?

Au lieu d'être découpé pour vendre un objet, au lieu d'être soumis au marché et réduit à une paire de jambes, le corps offert par choix par des femmes se devrait d'être respecté. Pas besoin de le célébrer, mais il n'y a aucune raison de le conspuer, de juger ou de punir.

Personne n'est obligé de montrer ses fesses sur le web pour se sentir libérée, mais quiconque le fait montre peut-être plus un désir de sortir de la soumission, un désir de rejeter à la fois un idéal de pureté et un idéal de corps à vendre que nous ne le croyons possible.

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