Mélodie Nelson

Chronique de Mélodie Nelson

Mélodie Nelson
Canoë

Les moments significatifs d'une relation amoureuse

Les moments significatifs d'une relation amoureuse

C'était pour lui dire pardon et lui dire que je le désirais encore.Photo Fotolia

Mélodie Nelson

Un portrait d'homme qui me regarde avec des yeux malicieux et pervers est accroché au mur à côté de mon lit. Je suis chez mes beaux-parents pour quelques jours. Mes cheveux sentent le shampoing du Dollarama et je mange en cachette tous les gâteaux que ma belle-mère achète au Costco.

Ça me rappelle la première fois où j'ai rencontré la famille de mon mec. J'étais très stressée parce que j'étais habillée presque comme un clown (j'aime ça les couleurs). Je pense que la seule chose que je leur ai dite, à eux et à leurs dix autres amis invités dans leur condo cette fois-là, c'est que j'aimais lire des livres pour enfants.

Je suis la meilleure bru du monde, si on oublie que j'aime aussi lire des livres cochons, que je porte des pyjamas trop sexy et que je m'obstine sur tout ce qui est possible de s'obstiner avec mon beau-père.

Rencontrer la famille de mon amoureux, c'était marquant. Mais beaucoup d'autres événements l'ont été. Mon insomnie, causée par le portrait du vicieux et peut-être par les petits gâteaux à la noix de coco du Costco, m'a fait réfléchir à tout ça. Et à nous deux.

1. Quand il m'a donné son numéro de téléphone

Ça faisait deux ou trois fois qu'il venait me voir dans l'appartement où je me déshabillais pour quelques billets. Nous plaisantions ensemble, parlions d'architecture et de réalisateurs péruviens, remercions l'autre quand on jouissait.

Il venait me voir vers 9 h, quand j'avalais un verre de jus d'orange comme petit déjeuner et, un jour, il m'a remis son numéro de téléphone. Il m'a dit de l'appeler, si je voulais que l'on se voie ailleurs que dans un lit.

2. Quelques bains

La première fois chez lui, dans une salle de bain qu'il avait repeinturée pendant une semaine, sans cesse insatisfait de la couleur.
Puis, des années plus tard, en buvant du champagne, en disant à l'autre tous nos mensonges et reproches, comme si nous n'allions jamais nous revoir.

Une autre fois, dans un autre bain, chaud, déjà mouillés par une pluie torrentielle, face à face, avec du jus de canneberges, parce que j'attendais notre premier enfant et que je ne voulais pas lui donner du champagne.

3. Fiançailles

C'était pas romantique. C'était devant un épisode de Desesperate Housewives, après un trip à trois qui lui avait déplu. C'était révélateur de ce que nous étions: deux personnes qui voulaient se promettre de s'aimer, malgré tout ce qui peut être kitsch ou imparfait ou laid.

4. Quand je l'ai sucé dans un bar

Je l'avais trompé. Je lui avais dit, des mois après. Je pensais que c'était fini, nous deux, après ça, parce que c'était la pire chose que je pouvais lui faire, le tromper, rester avec lui et pourtant le tromper.

Un soir, il est venu me retrouver dans un bar. J'y étais avec des amis. Ça m'a donné un coup, de le revoir, pas parce qu'il avait maigri, qu'il avait les yeux rouges et qu'il semblait moins confiant en lui qu'avant, là, devant moi, dans un bar ou ne nous étions jamais allés ensemble. Ça m'a donné un coup parce que je l'aimais encore, et quand je l'ai entraîné aux toilettes pour le sucer, c'était pour lui dire pardon et lui dire que je le désirais encore, en moi et dans ma vie.

5. Premiers jours de notre fille

Il a vu notre fille et il l'appelait d'un prénom de chat, puis du prénom d'un personnage de Boris Vian. Ça nous a pris trois jours pour être d'accord sur un prénom. Trois jours pendant lesquels il répétait qu'elle était la plus belle fille du monde entier. Et moi, je savais qu'elle n'était pas la plus belle fille du monde entier, mais je trouvais très attendrissant, son regard de papa sur notre fille, chauve et avec une face renfrognée comme si elle faisait caca 24 heures sur 24 à l'hôpital.

6. Quand il me touche doucement

J'aime être prise sauvagement, sans me faire lécher l'oreille trente minutes, mais j'aime aussi la délicatesse. Mon mec devine ou demande, quand j'en ai besoin. Sa douceur, après une chirurgie, sa douceur, après mes accouchements, sa douceur, quand il a appris que mon corps avait déjà été brutalisé.

Les moments significatifs ne sont pas toujours les plus beaux. Je me rends compte que les miens, ce sont surtout les moments où nous sommes revenus l'un vers l'autre. Les insultes, les tromperies, les cris, les errements, ce qui peut nous séparer, n'a jamais cessé de nous lier l'un à l'autre, parce que nous ne sommes pas les insultes ou les cris, mais plutôt la force et le désir de s'aimer, encore.

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