Mélodie Nelson

Chronique de Mélodie Nelson

Des escortes font des révélations sur leurs clients

Des escortes font des révélations sur leurs clients

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Mélodie Nelson

Dernière mise à jour: 06-03-2013 | 21h32

Tout ce qui entoure le travail du sexe me fascine. Je suis choyée ces temps-ci: Jean-Claude Lord dénonce l'hypocrisie collective qui met en danger la vie des travailleuses du sexe dans le documentaire Les Criminelles. Et Chester Brown raconte ses aventures avec différentes prostituées dans la bande dessinée 23 Prostituées, dont il est question ici.

Cette semaine, j'ai décidé de questionner quelques escortes de ma connaissance afin de savoir ce qu'elles voudraient bien révéler sur leurs clients. Que trouvent-elles important que nous sachions à leur sujet?

L'attitude: les blagues et la confiance

«Je déteste quand ils blaguent. Ils croient qu'ils sont les premiers à blaguer sur le fait que si j'ai du plaisir, c'est moi qui devrais les payer.»

«Je travaille en Ontario et au Québec. En Ontario, mes clients sont plus polis et moins exigeants. Jamais un Ontarien ne m'a demandé de faire quoi que ce soit sans condom.»

«Je n'aime pas quand des clients posent des questions personnelles. Je ne veux pas de "stalker" ni de gars qui tomberaient amoureux de moi juste parce que je lui donne de l'attention. Certains ont l'air d'oublier qu'ils m'ont payée.»

«Ceux qui sont mariés sont plus stressés. Ils m'écrivent par courriel toutes leurs recommandations: je ne dois pas porter de parfum ou de maquillage. Un homme a voulu que je me coupe les ongles. Je n'ai pas compris pourquoi. Je ne l'aurais pas griffé.»

«Je suis escorte depuis huit ans "on" et "off". Je me sens respectée quand je travaille. Je n'ai jamais eu de problème, sauf une fois, un client m'a laissé un faux billet de vingt dollars.»

«Si ça ne clique pas avec un futur client, je ne cherche pas à le rencontrer. J'aime mieux me sentir en confiance que de faire un maximum d'argent. L'un d'eux m'a motivée à apprendre le chinois. C'est le "fun" de nouer une relation qui n'est pas uniquement sexuelle.»

Ne jamais sous-estimer l'apparence

«Je préfère quand mes clients sont beaux, mais ça ne garantit pas un orgasme. Je ne jouis pas souvent. Ça me surprend encore quand j'ai du plaisir avec des hommes que je n'aborderais jamais dans la vie de tous les jours.»

«Je suis assez sévère au niveau apparence. J'ai des règles plus sévères que le Casino de Montréal! Je n'accepte pas les clients qui sont en linge mou ou qui n'ont pas l'air propre. Mes clients sont surtout des hommes d'affaires canadiens et américains. Ils ont dans la quarantaine ou la cinquantaine.»

Activités privilégiées par les clients

«Je sors au resto avec des clients. Avec l'un d'eux, je vais souvent au hockey, sans que ça se termine au lit. Mes clients ne sont pas des obsédés. Ils aiment passer du bon temps, au lit ou en mangeant du tartare.»

«J'ai un client qui veut uniquement dormir avec moi. Je passe la nuit chez lui une fois par semaine. Il me tient la main en s'endormant. Je me lève pour regarder mes courriels ou pour fouiller dans son réfrigérateur.»

«J'aime les clients bizarres. J'en ai un qui moule mes pieds dans le plâtre. Il doit avoir au moins dix sculptures de mes pieds chez lui.»

«Je m'amuse vraiment quand je travaille. Je voyage avec des clients, je sors et j'en apprends beaucoup sur les autres. Je blague avec des copines que mon travail est de nature anthropologique ou sociologique. Le côté sexuel reste toujours présent, mais ce n'est pas que ça. Je ne sens pas que je suis juste un sexe quand je rejoins un client à l'hôtel ou chez lui. Je ne suis jamais à louer ou à vendre. Je partage un moment avec un autre être humain, c'est tout.»

«Avec des clients, je ne sais pas trop de quoi parler. Et avec d'autres, je peux parler de n'importe quoi; de la pleine lune ou de mon chien. J'ai un client qui m'a offert un pyjama à Noël, avec des Schnauzer nains comme le mien sur le tissu.»

Le 3 mars, la Journée internationale des travailleuses et travailleurs du sexe était soulignée. Cette journée célèbre la solidarité et les droits des danseuses, masseuses, dominatrices, escortes et prostituées de rue.

Qu'on soit le 3 mars ou le 6, il n'est pas nécessaire de payer ou de plâtrer les pieds d'une travailleuse du sexe pour deviner qu'elle devrait bénéficier des mêmes droits et de la même protection que l'ensemble des citoyens canadiens.

Il ne faut pas non plus cracher sur leurs clients. Comme l'une me disait: «Je n'aime pas qu'on critique les clients. C'est grâce à eux si je gagne ma vie. Ce ne sont pas des agresseurs. Ceux qui violent les femmes ne sont pas des clients. Ils sont des agresseurs!»


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