Le 24 mai 2013
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la chronique de
Mélodie Nelson
 

Se coucher fâché est mieux que de ne pas se coucher du tout

Canoe.ca  | 29 août 2012

En un an, mon chéri et moi avons eu une fille et cinq dégâts d'eau. Nous avons réussi à ne casser aucune assiette en porcelaine.

Lorsque je suis fatiguée parce que notre princesse préfère que j'invente des comptines sur des tortues volantes plutôt que de lui souhaiter une belle sieste, et que mon chéri est fatigué parce qu'il passe ses soirées dans le vide sanitaire à admirer des tuyaux, nous nous chicanons pour des conneries sans importance. Comme la division de trois poutines en quatre parts égales. Ou, comme hier, sur une nouvelle entendue au bulletin de nouvelles, à propos du salaire des professeurs ontariens.

Amour et chicanes plates

À minuit, je remplissais mon verre une deuxième fois de rosé, et lui, il rabattait son oreiller sur sa tête, refusant de me dire je t'aime. Je trouve ça nul les mecs qui envoient des photos de leurs poils pubiens en pensant que ça plaira à une fille. Je trouve ça ridiculement drôle les mecs qui achètent un masque de cheval en cuir pour surprendre leur copine quand elle reviendra du supermarché. Mais je trouve que de ne pas me faire dire je t'aime est plus insultant que d'entendre sucer n'est pas tromper.

Mon mec n'a jamais eu envie de se déguiser en animal pour me faire plaisir ou pour m'envoyer direct sur une civière en état de choc. Nous en restons à nos chicanes plates, et le meilleur conseil pour passer par-dessus nos discussions, c'est d'accepter d'aller se coucher fâché.

Ne jamais se baser sur American Dad pour établir des règles

Quand nous avions commencé à sortir ensemble, nous nous étions donnés deux règles informelles: ne pas utiliser le sexe comme chantage, à la si tu laves la baignoire et que tu changes les draps du lit, je te donne mon vagin, et aussi ne jamais aller se coucher fâché. La deuxième règle me semble plus difficile à respecter. Surtout, elle ne devrait même pas exister. Se forcer à oublier soucis et récriminations sur le coup de minuit, c'est s'obliger à passer trop de temps face à une fille qui a du mascara et de la morve coulant jusque dans la bouche. Pour rien. Parce que les conflits réels – impliquant une part de poutine ou un enfant adopté en cachette lors d'un safari en Afrique - ne se règlent pas aussi rapidement qu'un épisode d'American Dad.

Le sommeil et les drag queen sont bons pour la résolution de conflits

Après une bonne nuit de sommeil pour mon mec, et une nuit à boire du rosé et à parler de drag queen avec un ami, tout s'est réglé, sans avoir eu à hurler ou à pleurer comme ce serait arrivé, si nous avions convaincu l'autre de s'expliquer jusqu'à ne plus être fâché contre le tissu de son oreiller. À midi, nous avons mangé un hot dog européen dans un casse-croûte et je ne lui ai pas demandé de me répéter qu'il m'aimait et que j'étais la plus belle fille du monde, même avec des cernes aussi profondes qu'un livre de Jonathan Safran Foer.

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