Mélodie Nelson

Chronique de Mélodie Nelson

Canoë

«Pute» n'est pas une insulte

«Pute» n'est pas une insulte

Dernière mise à jour: 08-08-2012 | 11h30

Dimanche dernier, je me suis fait traiter de pute par l'ex de mon mec. La dame à la voix faussement doucereuse de Baie-d'Urfé m'a insultée, parce qu'elle n'avait pas été capable de rejoindre sa fille au téléphone.

Il y a deux semaines, un humoriste québécois bien-pensant a commenté sur Facebook le pourcentage acceptable de craque de seins qu'il était possible de révéler sur une photo. Le mec prétendait que celles qui montraient trop leurs attributs plantureux avaient zéro diplôme, zéro confiance en soi, zéro amour propre, mais certainement un bel avenir autour d'un poteau.

Aux États-Unis, en mars, un animateur radio a traité de pute Sandra Fluke, une étudiante qui témoignait devant le Sénat du coût élevé des moyens de contraception. Elle y défendait une idée contenue dans le projet d'assurance-maladie d'Obama, qui prévoit le remboursement par les employeurs de différents moyens de contraception.

Une de mes connaissances, qui ne se souvient pas du nom de la première personne avec qui il a baisé, juge tout de même les filles qui ont couché avec plus de cinq mecs. Des salopes, qu'il dit, des filles avec qui sortir une fois, ou des filles à téléphoner à deux heures du matin, pour faire autre chose que de manger du popcorn.

Pourquoi le corps des filles et leur sexualité sont si faciles à critiquer et à condamner? Pourquoi acceptons-nous ça? Pourquoi nous permettons-nous de juger, avec notre propre arrogance, hypocrisie et expérience, la grosseur des seins des filles sur les réseaux sociaux et leur sexualité, affichée ou non? Pourquoi encore aujourd'hui un mec qui ne se souvient pas du nom de sa première aventure est comique, mais une fille qui ne sait pas le nombre exact de ses histoires d'un soir ne peut qu'être plainte et ridiculisée? Pourquoi une fille qui sait quoi faire avec son clito et la queue du voisin doit nécessairement être envoyée rapido chez le psychologue? Pourquoi les danseuses ne sont pas perçues comme des danseuses, tout simplement, et pas comme des filles qui mériteraient d'être sauvées? Qui mériteraient quoi, au juste? De faire un travail qui ne leur convient pas, mais qui convient à un humoriste soucieux de leur estime d'elles-mêmes? Pourquoi pute est toujours utilisé comme insulte suprême?

Si vous croyez respecter les femmes, vous devez les respecter toutes, pas seulement celles qui militent la blouse boutonnée quasi jusqu'au cou pour les droits des enfants travaillant dans des usines en Chine. Faut respecter aussi les putes, les danseuses et les filles qui se montrent nues à leur petit ami du moment sur Skype. Et ne croyez pas non plus que les putes ne sont pas capable de militer la blouse boutonnée quasi jusqu'au cou pour les droits des animaux à trois pattes ou la cause des Somaliens blessés par des mines antipersonnel.

La craque de seins visible des filles, tout comme leur utilisation de menottes en fausse fourrure rose, ne représente aucunement leur valeur en tant qu'être humain. Ne faites pas l'erreur de cracher sur les pratiques sexuelles des filles ni, sur leur corps et ce qu'elles en font, contentez-vous de critiquer leur façon de prononcer le nom de Justin Bieber.

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