La dernière fois que j'étais allé au ciné-parc, je devais avoir six ans. C'était pour le premier Karate Kid.
Mais au ciné-parc, il y a toujours deux films: un plate et un bon. Je m'étais endormi pendant le premier film et je m'étais réveillé quatre heures plus tard pendant le générique de Karate Kid. J'avais pleuré, je pense. Encore aujourd'hui, quand j'y repense, je pleure à chaudes larmes.
Ainsi donc, vendredi soir, j'ai eu l'idée d'aller au ciné-parc. J'ai toujours de mauvaises bonnes idées du genre.
J'ai pensé que ça serait le fun de regarder un film sur un écran géant, mais de l'écouter dans ma radio de char - au 89,9 FM -, à travers un pare-brise couvert de jus jaune de papillons de nuit. Mal assis dans mon auto, avec les fenêtres ouvertes, question de permettre aux maringouins de me sucer le sang à volonté.
Le ciné-parc, c'était l'idée du siècle je vous dis.
J'ai appelé une de mes amies. Quand je lui ai proposé d'aller au ciné-parc, elle a éclaté de rire. Pis elle a accepté.
Ça fait que je suis arrivé en retard, comme d'habitude. Le premier film était déjà commencé. Avoir su à quel point c'était mauvais, je serais arrivé encore plus en retard.
Je me suis stationné à l'arrière, dans la dernière rangée de véhicules. Je n'avais pas vraiment le choix, il ne restait plus d'autres espaces disponibles. J'ai compris que le ciné-parc, c'était encore s'à coche comme ils disent, les jeunes.
À notre gauche, il y avait un petit couple avec leur fillette d'environ deux ans. La petite était derrière le volant, debout sur les cuisses de son papa. Pis elle jouait à conduire. À flasher les lumières, à mettre les clignotants, à changer les postes de radio. Une vraie pro! C'était cute.
Notre «voisin» de droite semblait avoir des problèmes avec sa chaufferette: toutes ses fenêtres étaient embuées.
Je pense qu'il essayait de régler le problème parce que je voyais du coin de l'oeil son char valser pas mal.
C'est vraiment quand on a arrêté de parler pour écouter le deuxième film Ça, c'est mon gars - je l'aime bien, Adam Sandler -, que j'ai vraiment pris conscience qu'autour de nous, ça buvait pas mal. De la bière, du vin, du fort.
Cling! Cling! Cling! J'entendais les bouteilles de bière cogner ensemble.
À la fin du film, j'ai attendu que les gens partent pour aller questionner subtilement quelques employés. Juste par curiosité. Parce que nous, les journalistes, paraît qu'on est curieux.
Quand je leur ai demandé si les gens buvaient pas mal dans leur char, ils ont répondu en me pointant les bacs de plastique remplis de bouteilles vides. J'ai compris que la réponse était oui.
Ce que j'ai trouvé un peu troublant, c'est que les bacs en question ne contenaient que les bouteilles jetées au sol. Pas celles bues par ceux - plus soucieux de l'environnement et/ou plus gratteux - qui ont gardé leurs bouteilles vides dans leur voiture.
La présentation des films a pris fin vers 2 h du matin. Et tout le monde, sans exception, est reparti avec son auto.
Tantôt, j'ai appelé les policiers locaux pour savoir ce qu'ils pensaient de tout ça. On m'a confirmé que leurs visites au ciné-parc sont très peu fréquentes. Comme si la consommation d'alcool dans les véhicules, bien qu'illégale, était tolérée.
Mais on m'a promis qu'une attention particulière serait désormais portée à ce ciné-parc, les soirs où des films sont présentés.
Est-ce que la consommation d'alcool au ciné-parc est devenue un réel problème?
Est-ce que la situation est pire qu'il y a 20 ans? Je ne pourrais pas dire... Parce que la dernière fois que j'étais allé au ciné-parc, c'était pour le premier Karate Kid, pis j'ai dormi tout le long.