Frédéric Gingras

Chronique de Frédéric Gingras


Confession d'un circoncis – 2e partie: le sexe

Confession d'un circoncis – 2e partie: le sexe

Malgré les désagréments, notre chroniqueur ne regrette pas son opération.Illustration Fotolia

Oui, vous le savez déjà, je suis circoncis. Si l'opération, en elle-même, était une lourde épreuve pour un adulte, comme j'en ai parlé dans mon dernier article, la réhabilitation et le sexe suivant l'opération ont constitué l'une des épreuves psychologiques les plus difficiles de ma vie.

Parce que rien ne peut préparer un homme à voir son membre masculin ensanglanté, alors qu'il se réveille en hurlant de douleur en pleine nuit, érection matinale oblige.

Parce que le membre qui était symbole de plaisir, de jouissance et de sexualité devient symbole quotidien de souffrance, d'angoisse et de toutes les complications qu'implique une guérison.

Le médecin m'avait dit que je ne me souviendrais plus du «avant», d'ici deux à trois jours. Il avait de l'humour, ce bonhomme.

Parce que si vous pensez que, dès lors qu'on n'a plus de peau, on devient aussi habile et excité qu'un acteur de film porno, vous vous mettez gravement le doigt dans l'oeil.

Parce qu'il se produit, lors de la convalescence, la kératinisation du gland. Ce stade magique où l'on voit notre gland peler, comme une peau trop sèche, en petites galettes de peau mortes. Le gland devient une peau, dure et épaisse... et insensible.

Et c'est un moment assez troublant, quand tu refais l'amour pour la première fois après ton opération, que de ressentir la même sensation sur ton pénis que tu ressentirais si ta partenaire frottait ton doigt frénétiquement; une légère irritation. Aucun plaisir, plus tu fais l'amour, plus ça fait mal. Mal comme une peau irritée et rouge, parce que c'est ce que c'est, en ce moment: une simple peau irritée par le frottement contre une autre peau, ou contre du silicone.

Alors les semaines passent et tu ne sens toujours rien. Tu dois réapprendre le sexe, trouver de nouvelles sensations pour te faire du bien, parce que les anciennes étaient offertes par le prépuce, que tu n'as plus. Tu redeviens puceau.

Puis, un jour, un soir, après avoir vidé une bouteille de lubrifiant, pour ne pas être trop irrité, alors que tu fais l'amour avec ta chérie, tu crois sentir un petit quelque chose. Et là tout change. La lumière au bout du tunnel. Après quatre ou cinq mois de souffrances et d'indifférence sexuelle, tu vois enfin la fin. Certes, ton pénis est encore un peu rigolo visuellement, la cicatrice n'étant pas encore tout à fait disparue, tout n'étant pas encore tout à fait dégonflé, mais tu ressens quelque chose, et bon Dieu que ça fait du bien.

Certes, je vais certainement être obligé, toute ma vie, d'utiliser du lubrifiant. Certes, mon membre ne retrouvera peut-être jamais une forme parfaite. Mais je peux aujourd'hui éprouver du plaisir à faire l'amour avec ma conjointe. Je peux aujourd'hui faire ce qu'il y a de plus naturel pour la race humaine, sans crainte de déchirement ou de saignement. Et ça, les gars, ça vaut toutes les douleurs encourues tout au long du parcours. Alors n'hésitez pas. La réhabilitation est longue, mais vous ne le regretterez jamais.


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