Eric Chandonnet

Chronique d'Eric Chandonnet

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Canoë

Le twerk, danse du diable

Le twerk, danse du diable

Lors d'un rassemblement au Danemark.Sara Gangsted Photo AFP

Eric Chandonnet

Connaissez-vous le twerk? C'est une danse aux origines africaines qui a été sexualisée par plusieurs vidéos hip-hop au cours des années 1990 et qui est devenue la cible de plusieurs attaques depuis une récente prestation de la pop star Miley Cyrus.

La semaine passée, alors qu'on faisait la promotion d'un nouveau cours de twerk à Montréal, plusieurs sont montés aux barricades. «Des cours de twerk? Mais c'est la journée des femmes! Comment peut-on se prétendre féministe et encenser des cours de twerk?»

Comment dirais-je? Peut-être parce que ça n'a rien à voir? Peut-être parce que «la femme» a bien le droit de danser comme ça lui plaît? Ce discours est tellement prude et infantilisant.

Apparemment, c'est correct de bouger ses fesses de gauche à droite comme une danseuse du ventre. On peut aussi danser le twist en se tordant de tous les bords. Mais si on bouge notre popotin de haut en bas, ça devient vulgaire. Par chance, la danse des canards est toujours permise malgré son «secouage du bas des reins» indécent.

La danse du diable

On se croirait dans le temps d'Elvis où des parents clamaient que le rock'n'roll est la musique du diable. D'ailleurs, ce n'est pas la prémisse de films cultes des années 80, comme «Dirty Dancing» («Danse lascive» au Québec) et «Footloose»? Clairement, chaque époque a son lot de monde straight. Chaque génération produit quelques curés autoproclamés qui viennent dicter aux gens comment ils devraient danser.

Mais avoir une société libre, ce n'est pas aussi laisser les gens danser comme ils veulent? Même si ce n'est pas le style que tu préfères? On ne parle quand même pas d'imposer des cours de twerk au primaire ou de diffuser une émission jeunesse dont le propos est que les gamines qui ne twerkent pas sont moins cool que les autres. On offre des cours de danse à des adultes.

Des adultes qui ont envie de se dandiner pour des raisons qui leur appartiennent. Pour s'amuser avec les copines ou pour générer de l'endorphine ou juste pour faire suer quelques bien-pensants.

Je ne sais pas si ces critiques (qui viennent autant d'hommes que de femmes) sont menées par la jalousie ou simplement des valeurs dépassées. En fait, ce que je me demande le plus, c'est comment ces gens se comportent-ils dans leur intimité? Ça ne doit pas brasser fort fort.

La femme-objet

Dans ces discours anti-twerk, plusieurs font mention du concept de femme-objet. Le problème, c'est qu'on confond tout. Une femme qui danse de façon sexy, ce n'est pas une femme-objet. En fait, on va se le dire, une femme-objet, ça n'existe pas (à part quelques poupées japonaises en latex).

Le concept de femme-objet est bel et bien un enjeu réel. À force de voir massivement dans les médias plusieurs femmes qui sont réduites à leur corps, certaines personnes plus faibles et manipulables en viennent à croire que les femmes ne sont que des objets. Ensuite, ces personnes les traitent mal et leur manquent de respect.

Mais, premièrement, dans le cas présent, il n'est nullement question de représentation dans les médias, mais bien d'un cours de twerk à Montréal. Et surtout, le véritable problème avec ces histoires de femme-objet, ce sont ces gens influençables qui regardent tellement de télé qu'ils en oublient la réalité.

«Oh, les femmes sont des êtres humains comme tout le monde?!»

Il reste que cette fausse perception ne dédouane personne de manquer de respect envers les femmes. La télé aura beau inonder la planète de vidéos hip-hop 24 heures sur 24 où plein de monde huilé se bouge les fesses, ça ne donnera jamais l'excuse à personne pour mépriser une femme. Même si elle aime bien twerker le mardi soir.

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