Eric Chandonnet

Chronique d'Eric Chandonnet

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Canoë

Le piège de Tinder

Le piège de Tinder

Tinder peut vite nous entraîner dans une dynamique du «au cas où...»Photo Fotolia

Eric Chandonnet

«Elle fait de l'équitation et j'aime les films de cowboys! On va tellement faire de bébés!»

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On dénigre souvent Tinder ces temps-ci. J'ai même pogné une fille de 19 ans qui s'ennuyait de l'ère pré-Tinder. C'est quoi l'ère pré-Tinder pour une fille de 19 ans? Le secondaire 4?

Si c'est le cas, je la comprends d'être nostalgique. L'école secondaire, c'était la belle époque. On voit constamment le même monde. On apprend à se connaître pour vrai. On peut même voir nos faces sans qu'elles soient cachées derrière des grosses vitres teintées en guise de verres fumés.

 
 

Si quelqu'un a fait du surf ne serait-ce qu'une fois dans sa vie, c'est clair qu'il en parle sur Tinder!

Il reste que rendu à la vie adulte, les rencontres ne sont pas toujours aussi faciles. C'est là que par un petit mardi tranquille, on finit par se laisser tenter par Tinder. Au début, on a un peu l'impression de commander quelque chose sur Amazon, mais si le résultat est satisfaisant, pourquoi s'en priver?

On réalise rapidement les patterns. Les gars essaient de flasher leurs muscles. Les filles essaient de faire semblant qu'elles n'aiment pas les muscles. Au lieu de choisir les gens jolis, on choisit ceux avec la plus grande photogénie, et dans notre bio, on essaie fort de projeter quelque chose d'intéressant.

Si quelqu'un a fait du surf ne serait-ce qu'une fois dans sa vie, c'est clair qu'il en parle sur Tinder! Gros sourire avec son wet suit emprunté et son teint de faux aventurier qui a pris 20 minutes de soleil à l'été 2004. Et si tu n'as pas de photo de surf, t'essaies de te démarquer avec une phrase semi-inspirante du genre carpe diem ou hakuna matata.

«Au cas où...»

Et tranquillement, à force de glisser les fiches à gauche et à droite comme si on jouait à Candy Crush, nos doigts se prennent dans le tordeur à notre insu. On commence à se tinderiser. On est rendu à chercher des prospects sur une zone de 300 kilomètres. On peut noter 25 fiches en 10 secondes sans problème. Même avec une semaine déjà remplie de rendez-vous, on continue à défricher sur notre app préférée au cas où...

Au cas où on trouverait mieux. Au cas où on trouverait quelqu'un avec qui on aurait à faire encore moins de compromis. Et peu à peu, sans trop s'en rendre compte, on se fait corrompre par l'abondance.

Toutes ces options jouent avec notre tête et font qu'on commence à raisonner par comparaison. Au lieu d'évaluer quelqu'un à savoir si on irait bien ensemble, on essaie de trouver l'ultime meilleure personne du pays au complet.

La méthode iTunes

C'est un peu comme sur... iTunes.

Au début, on découvre la fonction qui permet de noter nos chansons d'une à cinq étoiles. Après avoir noté nos 10 000 tounes, on se crée une playlist qui contient seulement nos 28 tounes à cinq étoiles. Après deux semaines à seulement écouter cette liste-là qui est supposée est incroyable, on se tanne.

« C'était le meilleur du meilleur, ça?! Bof... »

Du coup, on a l'impression que toute notre collection de musique au complet est nulle et là, on ressent un grand vide. C'est pareil avec Tinder. En se limitant au meilleur du meilleur, on débranche notre cerveau du mode découverte. On devient blasé. Et on arrête d'essayer pour vrai.

Ça permet d'accumuler quelques bonnes anecdotes, mais on peut aussi y laisser passer quelques histoires cool. Quelques perles.

Comme quoi Tinder a ses forces. Pour se trouver un plan cul en attendant chez le dentiste, c'est encore fort utile. Mais l'application pour se trouver un amour tripant et durable, elle reste encore à inventer.

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