Steve Martin
Agence QMI

Rossif Sutherland: «Je n'ai jamais recherché le succès»

Rossif Sutherland: «Je n'ai jamais recherché le succès»

Rossif Sutherland.Photo Sébastien St-Jean / Agence QMI

Steve Martin

Avec sa grande stature, sa voix posée, son côté philosophe et cette timidité qui tranche avec la fougue de son père et de son demi-frère, Donald et Kiefer Sutherland, l'homme de 38 ans est un personnage tout en nuances.

Fils de l'actrice québécoise Francine Racette, il est aujourd'hui de retour dans la Belle Province, alors qu'il incarne un Américain qui devient papa à la suite d'une brève liaison avec une fille d'ici dans la série Catastrophe. Choc culturel garanti.

Rossif, tu es né à Vancouver, mais tu as passé une partie importante de ta jeunesse à Paris. Quels souvenirs gardes-tu de tes années là-bas?

On s'est installés à Paris quand j'avais 7 ans, et j'y suis resté jusqu'à l'âge de 19 ans. Ma mère cherchait un endroit où elle pouvait élever ses enfants sans avoir constamment cette culture de la célébrité qu'on retrouve aux États-Unis. Elle ne voulait pas que ça ait une influence sur notre enfance. Elle avait fait carrière en France et avait plein d'amis là-bas. J'ai le privilège d'avoir eu une enfance magique. J'ai encore tous les amis que j'avais à 10 ans. On est comme des frères!

Tu as voyagé d'un pays à l'autre, tu as un père et un demi-frère célèbres... Est-ce que ç'a été difficile pour toi de forger ta propre identité?

C'est difficile de me comparer à quelqu'un d'autre parce que, bien sûr, j'ai vécu ce que j'ai vécu! Je dois dire, par contre, que j'ai une certaine fierté canadienne. En France, j'étais toujours un étranger; quand je me suis retrouvé à l'université aux États-Unis, c'était la même chose. En revanche, quand je suis arrivé ici, j'ai senti qu'on m'acceptait, que j'étais canadien, et ç'a été vraiment agréable pour moi. Tu finis par avoir des complexes quand tout le monde te dit: «T'as un accent.» Oui, mais on a tous un accent! Alors, quand je dis aux gens que je suis canadien, c'est avec une certaine fierté. On est très chanceux de vivre dans ce pays.

Tu étudiais la philosophie à l'Université de Princeton. Tu ne te destinais pas au métier d'acteur. C'est ton père qui t'a poussé dans cette voie...

C'est vrai. Il a vu un film dans lequel j'avais joué à l'école, et il était convaincu que je devais faire ça dans la vie. Ça m'a vraiment donné confiance, parce qu'avant je n'étais pas convaincu...

Ton père est reconnu pour son francparler, alors on peut présumer qu'il n'aurait pas dit une telle chose si ça n'avait pas été sincère...

En effet! Il a toujours été très, très franc avec nous. Cela dit, avec mes parents et mon frère dans le milieu, j'avais toutes les raisons pour avoir un parcours facile, mais ça n'a pas été le cas. Au départ, ç'a été très difficile de trouver du travail, de faire en sorte qu'on me prenne au sérieux, que je ne sois pas simplement «un autre Sutherland». La raison pour laquelle j'ai persévéré, c'est que je suis vraiment tombé amoureux du métier. Je n'ai jamais recherché le succès ni la fortune: je n'ai vraiment rien à foutre de ces choses-là. Je vivrais sans ça.

Tu as aujourd'hui la chance de gagner ta vie sans subir les mauvais côtés de la célébrité...

C'est pour ça que j'ai eu vraiment du mal à faire ma place quand je vivais à Los Angeles. Ç'a duré sept bonnes années. Là-bas, ça fait partie de la culture: il faut savoir se vendre. J'imagine que j'étais trop timide, trop réservé ou je ne sais pas quoi... Finalement, grâce aux productions canadiennes, j'ai eu l'occasion d'entretenir une carrière. C'est vraiment un métier magique dans lequel on fait des rencontres qui changent notre vie.

Comment s'est présentée l'opportunité de partager la vedette de la série Catastrophe avec Julie Perreault?

J'ai passé une audition. J'étais en ville pour doubler la voix de mon père dans un film. Mon agent ici, Maxime Vanasse, m'a demandé: «Il y a cette audition. Ça te tente d'y aller?» Je n'avais pas fait d'audition en français depuis des années, et ça m'amusait. J'ai rencontré les producteurs et la réalisatrice, Louise Archambault, et on s'est tellement bien entendus! C'était vraiment rafraîchissant. Quelques heures plus tard, je recevais un coup fil d'eux. Ils m'ont dit: «Écoute, tu es notre coup de foudre! Est-ce que tu peux le faire?» C'est comme ça que c'est arrivé! Et là, on va bientôt tourner une deuxième saison...

Comment ça s'est passé avec Julie et Louise?

Parfois, dans la vie, on rencontre des gens avec qui on a une entente immédiate, et c'est fascinant! Il y a des personnes qu'on doit côtoyer des mois, voire des années avant de les aimer autant, mais, avec ces deux femmes, ç'a été spontané. C'est un peu répétitif de dire ça, parce que tout le monde le dit, mais j'ai vraiment retrouvé un aspect très familial sur ce plateau.

Comment décrirais-tu Frank, ton personnage?

De nos jours, on se fait une idée de ce que devrait être l'amour en grandissant. Celle-ci est basée sur les livres qu'on a lus ou les films qu'on a vus... On pense que ça doit absolument arriver d'une certaine façon, plutôt que de simplement prendre ce qui nous arrive et d'en faire ce qu'on veut. Frank, c'est ce qu'il a choisi de faire, même si les circonstances ne sont pas idéales. Bien sûr, il avait une chimie avec cette étrangère, mais ce n'était pas forcément de l'amour. Alors, le fait qu'elle tombe enceinte et qu'elle habite un pays qui n'est pas le sien, ça le force à réinventer sa vie. Pour plein de gens, ce serait un cauchemar. Pour lui, c'est simplement une nouvelle opportunité. Quand on voit les choses selon cette perspective, le bonheur semble bien plus à notre portée.

Tu as dit en entrevue que tu en voulais autrefois à ce métier parce qu'il avait gardé ton père loin de toi. À la suite de la naissance de ton fils, aimerais-tu faire les choses différemment?

Ah oui, absolument. Ma carrière ne passe pas en premier. Si ma femme travaille sur un projet et qu'elle peut nous faire vivre tous les deux, je vais la suivre et je vais faire autre chose pour m'occuper. J'ai un amour profond pour le jeu d'acteur, mais j'ai aussi d'autres passions. Mon idée du succès, ce n'est pas de me retrouver sur une affiche ni de faire fortune. Mon succès, c'est le bonheur, et le bonheur, c'est quand ma famille est heureuse.

C'est de famille!

Rossif Sutherland ne se destinait pas à une carrière de comédien. «Je ne comprenais pas pourquoi mon père et mon demi-frère aimaient prétendre être quelqu'un d'autre, admet-il. Un jour, mon professeur d'interprétation à New York m'a dit: "Jouer, ce n'est pas prétendre être quelqu'un d'autre, c'est être toutes les personnes que tu aurais pu devenir en une seule vie." À partir de ce moment, j'ai complètement assumé mon désir de devenir acteur.»

Il a eu la chance de prouver son talent inné durant la même période. «Lors de mes études universitaires, une amie m'a demandé de réaliser le court métrage qu'elle avait écrit, raconte-t-il. La première journée de tournage, le comédien principal ne s'est pas présenté. Je n'ai pas eu d'autre choix que de prendre sa place! C'était ma première expérience en tant qu'acteur.» On connaît la suite! Au cours des dernières années, on a notamment pu le voir dans Unité 9, où il jouait l'amant de Normand Despins (François Papineau), ainsi que dans la série La reine. «J'y incarnais Nostradamus. Ce rôle a été marquant sur le plan personnel, puisque c'est sur ce plateau que j'ai rencontré ma femme, l'actrice Celina Sinden. Nous avons un fils, Théodore, né en février 2016.»

Catastrophe, mardi 20 h, à Super Écran.



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