Un cauchemar d'acteur au paradis de l'impro

 Dieu merci! - Un cauchemar d'acteur au paradis de l'impro

Pascale Lévesque
Le Journal de Montréal

Dernière mise à jour: 18-10-2007 | 20h41

Derrière les décors de Dieu merci!, le paradis prend parfois des airs d’enfer pour les artistes invités tellement leur nervosité est grande. Heureusement pour eux, ils peuvent compter sur des anges pour leur éviter de se brûler et leur donner la chance de plutôt mettre le feu.

On les remarque moins parce qu’ils font partie du décor lorsque François Morency, Guillaume Lemay-Thivierge ou Mélanie Maynard ouvrent la porte. Pourtant, ils sont les seuls à qui les artistes peuvent se raccrocher dans le précipice où ils sont jetés.

Les comédiens maison de Dieu merci! ont hérité d’un méchant contrat et doivent avoir des qualités exceptionnelles d’improvisateurs et de comédiens pour relever le défi qui leur est posé chaque jeudi.

«Ce sont des acteurs assez particuliers qui ont en commun deux qualités essentielles, une notion d’écoute hors du commun et beaucoup d’humilité», affirme Yvon Bilodeau, metteur en scène de Dieu merci!, qui a pour tâche de mettre à point avec eux une vingtaine de sketches par mois sans savoir quelles seront au final les répliques de l’acteur invité.

TACTIQUES DE TRAVAIL

Parce que même s’il s’agit en partie d’impro, le reste a été répété en long et en large. Une émission demande une quinzaine d’heures de travail à chacun des comédiens maison.

«On répète la semaine précédant les enregistrements (deux par semaine chaque deux semaines). On a des répliques et un canevas assez précis.

Notre travail, c’est de réagir à ce que l’artiste va faire et de le ramener dans ce canevas sans nier ce qu’il a dit… et même l’intégrer dans l’histoire», explique Simon Boudreault, qui a joué les Robins des Bois avec Ghyslain Taschereau.

Yvon Bilodeau et son équipe ont développé toute une technique pour être parés à toutes les éventualités. «Yvon fait exprès pour que les comédiens qui ne sont pas dans un sketch X ne lisent pas ses textes. Comme ça, on peut jouer la réplique comme si on était l’artiste invité. On réussit à le faire trois, quatre fois comme ça, aussi pour les cues de caméra et d’éclairage», précise Michel André Cardin, animateur de quiz bien servi par Diane Lavallée.

ALLUMÉS

Évidemment, rien ne se passe comme prévu une fois l’artiste invité dans le bain. François-Étienne Paré a particulièrement mis à l’épreuve Simon Boudreault, par exemple en prenant un personnage très extravagant «dans une situation très sérieuse», décrit-il.

«Mais c’est là qu’on est le plus allumés, parce que justement, le plaisir, c’est qu’on ne peut pas tout prévoir. Il faut faire un balancier avec l’énergie de l’invité et ce qui a déjà été prévu en ajustant le rythme en conséquence», souligne Tammy Verge, qu’on a pu voir en animatrice de magazine matinal, en femme au foyer aux prises avec des problèmes de plomberie et en blind date de Guillaume Lemay-Thivierge.

«Les sketches dépassent souvent les huit à neuf minutes et, en raison du format de l’émission, ils sont raccourcis à quatre minutes au montage. Les gens qui assistent à l’enregistrement ont la chance unique d’assister à de mémorables périodes de patinage!» lance Michel-André Cardin.

PRÉPARATION

Et si on pense que les artistes invités arrivent sur scène comme des chiens dans un jeu de quilles, on se trompe. Yvon Bilodeau prend toujours le soin de les rencontrer pendant une bonne heure avant chaque début d’enregistrement. «Je les brieffe tous, leur rappelant les règles de base. C’est bon pour tout le monde, qu’importe leur expérience.

Parce que Dieu merci!, c’est comme un cauchemar d’acteur. Comme s’ils arrivaient à la première au TNM et que toute la distribution avait eu son texte… sauf eux», explique le metteur en scène.

Ce dernier se souvient d’un Louis Morissette et d’une Mélanie Maynard particulièrement terrifiés. «J’ai rarement vu un tel état. Et, pourtant, autant ils étaient terrifiés, autant ils ont été exceptionnels et magiques dans leur sketch», commente-t-il.

Comme en impro, le premier conseil reste l’écoute: «Écoute ce que les comédiens maison te donnent, prends leurs propositions pour du cash, la négation est à proscrire», soutient Yvon.

À Simon, Michel-André ou Tammy, ses comédiens maison, il dira que leur invité a tout avantage à être désarçonné du personnage une fois qu’il y est installé. «Ils doivent créer un déséquilibre contrôlé parce que la moitié de la richesse de la réponse est dans l’écoute», dit-il.

Même si leur mission est de garder leur poker face, les comédiens maisons se laissent aussi surprendre.

MARTIN, FRANÇOIS ET LES AUTRES

Au palmarès des performances frappantes, Yvon Bilodeau cite celles de Martin Drainville, qui a fait ça avec aisance et fébrilité, de Denis Bouchard ainsi que de Chantal Lamarre, qui ont vraiment plongé d’une façon singulière, et Jean-Michel Anctil, qui a été adorable, tentant de construire une histoire plutôt que de puncher.

Tammy Verge, elle, a particulièrement aimé improviser avec François Morency. «Il me regardait directement dans les yeux, et là, tout était possible. J’ai été aussi surprise que lui avec les jets d’eau qui sortaient de partout. Ça a donné un délicieux moment», décrit-elle, soulignant du coup qu’elle a aussi été impressionnée de jouer avec des grands qu’elle admire, comme Élise Guilbault et Claude Legault.

Belle récompense pour les comédiens maison aussi que cette immense visibilité de près de 2 millions de téléspectateurs chaque semaine.

«Je m’attendais à ce que mon rôle soit plus accessoire qu’il ne l’est là. C’est une chance pour moi, au-delà de mes espérances», commente Tammy. «C’est comme si on était des ti-culs qui faisaient un mauvais coup. Et les cotes, ça nous donne un coup de pied dans le cul pour mieux prendre les prochains!» lance Simon Boudreault en conclusion.


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