René Lévesque, le beau risque d’Emmanuel Bilodeau

 René Lévesque , le beau risque d’Emmanuel Bilodeau

Claude Langlois -Journal de Montréal

«Je n’ai jamais été aussi fier d’être un acteur», lançait en boutade Emmanuel Bilodeau, alors qu’on venait de l’appeler sur le plateau de René Lévesque.

Car René Lévesque, le René Lévesque de cette série que vont diffuser Radio-Canada et la CBC en 2006, c’est lui.

Et ce matin-là, alors qu’il tombait une petite neige sur Montréal, René Lévesque participait à une réunion spéciale du conseil des ministres que Jean Lesage avait convoquée à… Miami.

C’était à Noël 1966 et on tournait la scène dans le décor ensoleillé et estival du Jardin Tiki, rue Sherbrooke Est.

Ironie de la chose, Lesage avait fait déplacer toute son «équipe du tonnerre» dans le Sud pour lui annoncer qu’il allait mener seul la campagne électorale qu’il s’apprêtait à déclencher l’été suivant.

Orgueil? Vanité? Trip de pouvoir? Toujours est-il que Lesage, qui avait voulu faire une campagne à la de Gaulle, perdit ces élections et l’Union nationale de Daniel Johnson s’installa au gouvernement.

C’est la deuxième série que l’on tourne sur René Lévesque, Claude Héroux en ayant fait une, comme on le sait, au début des années 90 avec Denis Bouchard dans le rôle de Lévesque.

Le personnage
Série qui avait alors été plutôt mal reçue par la critique, et Denis Bouchard, comédien remarquable par ailleurs, en avait été très affecté.

On lui avait entre autres reproché de faire un René Lévesque trop caricatural.

Emmanuel Bilodeau a rencontré Denis Bouchard avant de s’embarquer dans ce rôle de grande pointure.

«Denis, qui est aussi une de mes idoles comme acteur, m’a dit que le grand danger là-dedans, c’était d’être trop impressionné par le personnage, et moi je le suis énormément.

«En passant, je crois d’ailleurs que Denis, qui est un grand acteur, aurait très bien pu rejouer René Lévesque aujourd’hui et il aurait pu être formidable.»

Mais Emmanuel Bilodeau dit ne pas avoir vu cette première série sur Lévesque.

L’histoire
«Au niveau de mon jeu à moi, j’y vais instinctivement. Je fais «mon» René Lévesque.

«J’essaie de transposer ce que je perçois de lui dans ce que je suis, de me rapprocher de lui sans me perdre.

«Quand on m’a choisi à l’audition, on ne cherchait pas un sosie, ni un imitateur de René Lévesque.

«Oui je fume la cigarette, oui je m’inspire un peu de ce qu’il était physiquement, sans je ne cherche pas du tout à l’imiter.

«Je m’inspire de ça pour essayer de trouver ce qu’était sa personnalité, de trouver des correspondances à l’intérieur de moi pour en faire mon personnage, comme on le fait un peu avec n’importe quel personnage.

«Tout en étant conscient en même temps que ce n’est justement pas n’importe quel personnage.

«Je joue plutôt sur la suggestion, pour qu’à tous les niveaux les téléspectateurs comprennent qu’il s’agit de René Lévesque.

Un beau risque
Est-ce qu’on sent le poids de l’histoire quand on joue un personnage comme celui-là?

«Je dois dire d’abord que je n’ai jamais pensé jouer René Lévesque. Je n’ai même jamais rêvé à ça.

«C’est le genre de défi qui ne peut arriver qu’une fois dans une vie.

«Lévesque c’est Lévesque, et c’est une idole personnelle comme pour beaucoup de Québécois.

«Mais non, je ne peux pas dire que je ressens un poids. Je sens ça plutôt comme un honneur. Ça me transporte.

«Mais si je me mets à penser à cela, oui c’est un poids. Ça représente tellement pour les Québécois et c’est une grosse responsabilité pour un acteur.

«Mais en même temps, c’est tellement une belle affaire.

«C’est un beau risque», ajoutait-il avec humour.

Un personnage énorme
Le personnage est tellement énorme, sa carrière tellement longue, son influence tellement vaste que le producteur Claudio Luca a choisi de se concentrer sur la période de sa vie qui va de 1958 à 1970.

C’est-à-dire depuis le moment où il est un animateur-vedette de Radio-Canada, à Point de mire, jusqu’aux événements d’Octobre.

«J’ai choisi de couvrir une période de sa vie qu’on connaît moins bien», expliquait-il.

«Elle est d’autant plus importante que c’est aussi celle de la Révolution tranquille, c’est le changement de cap de Lévesque avec le Mouvement Souveraineté Association puis la fondation du Parti québécois, et c’est aussi d’une certaine façon celle du changement de cap du Québec et des fondations de son évolution.»

Point de mire Quand la série commence, donc, René Lévesque est à Point de mire et bientôt arrivera la grève des réalisateurs de Radio-Canada.

C’est à cette époque que ses amis Jean Marchand et Gérard Pelletier (incarné par Roger Léger et Roc Lafortune) vont lui faire rencontrer Pierre Elliott Trudeau (Pierre Gendron).

«Les gens, particulièrement au Canada anglais, savent peu que c’étaient des amis et qu’ils se rencontraient fréquemment», ajoutait le producteur.

La série se termine avec la Crise d’octobre, donc, durant lesquels il a farouchement pris position contre les méthodes violentes du FLQ, et la mort de son ami et collègue Pierre Laporte.

L’homme que les Anglais détestaient aimer
Il y a de ces personnages au cinéma dont on dit volontiers qu’on aime les détester.

Dans le cas de René Lévesque, disait Geneviève Lefebvre, la scénariste de la série, René Lévesque était dans son optique celui que les anglophones «détestaient aimer».

Car, étrangement, et même si d’une certaine façon il était un peu le diable, les anglophones lui vouaient une grande admiration.

Geneviève Lefebvre parle de cette tournée qu’il a effectuée au Canada anglais en 1967, au moment où il a quitté le Parti libéral et fondé le Mouvement Souveraineté Association.

«À l’Université de la Saskatchewan, alors qu’on le percevait à son arrivée comme une espèce d’extrémiste, les gens l’ont tellement aimé qu’il s’est fait dire : écoutez, si ça ne marche pas votre projet au Québec, venez ici. On a besoin d’un homme comme vous comme premier ministre.»

Intimité
Pour scénariser la série, Genevève Lefebvre s’est basée d’abord sur le livre de Pierre Godin, à qui elle a parlé à plusieurs reprises, et sur ce que lui a raconté Corinne Côté qu’elle a aussi rencontrée.

La série réserve également une place relativement importante à Johnny Rougeau (Dan Bigras).

Pourquoi? Geneviève Lefebvre répond :

«Lévesque était quelqu’un qui n’avait d’intimité avec à peu près personne.

«Sauf avec ceux avec qui il travaillait. Et Johnny Rougeau a assuré une espèce de continuité parmi ces gens appelés à travailler avec lui.

«Et par la force des choses, en plus d’être son garde du corps et son chauffeur, il était aussi un peu aussi son confident.

«Ne serait-ce qu’en le couvrant dans ses nombreuses histoires de femmes.»

Avant de scénariser René Lévesque, Geneviève Lefebvre a travaillé sur des séries comme Hommes en quarantaine, Freddy, Tribu.com, Asbestos, Diva, Zap, Graffiti, etc.

Elle a aussi travaillé pour le cinéma et le théâtre.


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