MIRADORLes manipulateurs de la véritéMichelle Coudé-Lord Le Journal de Montréal 04-01-2010 | 05h34
Isabelle Pelletier et Daniel Thibault forment le nouveau couple du monde de la télé qui fera parler de lui en ce début de l'année 2010. Ils sont les auteurs de la nouvelle série très attendue Mirador, qui met au banc des accusés les relationnistes, les jongleurs de la vérité. Daniel Thibault a fait sa carrière dans le monde de l'humour et un peu à la télévision. Il a travaillé à l'écriture d'Un gars une fille et de La vie rêvée de Mario Jean, et il a collaboré avec plusieurs humoristes, dont Patrick Huard et Martin Matte. Isabelle Pelletier a vendu son entreprise de marketing et elle a commencé à écrire Mirador en compagnie de son homme alors qu'elle était en congé maternité pour son troisième enfant. Comme les projets de télévision prennent du temps à se réaliser, Mirador est sur la table de travail depuis six ans et est passée de Série Plus à TVA et, à la fin, seule la Société d'État pouvait se payer une série à plus de 700 000 $ l'épisode. On craint déjà MiradorEn coulisse, ça gronde déjà dans le milieu des relationnistes. On craint le pire. Les auteurs se font réconfortants. «Ça demeure une fiction. Tout ce qu'on dit c'est qu'au final, la vérité est toujours tordue et que les relationnistes sont là pour faire le travail», ont expliqué les auteurs en entrevue. Louis Choquette réalise la série, dont - je vous le confirme après en avoir visionné deux épisodes -le rythme est effréné, les sujets sont amenés intelligemment et les acteurs, Gilles Renaud qui joue le président de Mirador, et ses deux fils, Patrick Labbé et David La Haye, sont extrêmement efficaces dans leur jeu. «Patrick Labbé, qui joue le fils Philippe, est celui qui veut respecter une éthique dans son travail et, au fil de ces 10 épisodes, nous prenons un malin plaisir à l'amener sur un territoire où sa conscience sera fortement malmenée. Comment dire la vérité sans trop manipuler l'information?», demandent les auteurs. Il est particulièrement rafraîchissant de voir que la télévision accueille de nouveaux auteurs. On sent qu'ils ont fait un travail de recherche exemplaire. «Ça fait six ans qu'on travaille à cette série. C'est un long processus et percer le monde de la télévision n'est pas simple», avouent-ils. C'est en voyant le nom de la firme National qui apparaissait souvent lors de gestions de crise qu'ils ont eu l'idée de percer ce monde. «C'est Patrick Roy, alors qu'il jouait encore au Colorado et qu'il fut pris dans une chicane de ménage, qui nous a, au départ, influencés à commencer notre écriture de la série», précise Daniel Thibault. Le diffuseur ne leur a imposé aucune contrainte et aucune retenue, au dire des auteurs. De Letterman à Tiger WoodsIls ont reçu l'aide de deux relationnistes experts, Michel Fréchette et Michèle Bazin. Cette dernière est en train de les aider pour l'écriture de leurs prochains épisodes. «Nous souhaitons que le public soit au rendez-vous, car nous aimerions beaucoup écrire une deuxième saison», souligne Daniel Thibault. Ce dernier a suivi les conseils du parfait relationniste lorsqu'il y a quelques mois on a commencé à parler de sa série sur certains blogues. «J'ai réagi tout de suite et j'ai répondu à ceux qui s'inquiétaient. Une bonne gestion de crise, c'est savoir dire la vérité et surtout ne pas tarder à se livrer au public», estiment les auteurs. À propos des événements des dernières semaines, ils donnent une bonne note à David Letterman, qui a avoué ses infidélités aux téléspectateurs. Tout le contraire de Tiger Woods, qui a d'abord nié et menti, et qui a dû affronter la vérité. «La gestion de la crise dans le cas de Tiger Woods est tout ce qu'il ne faut pas faire», souligne Isabelle Pelletier. Ils souhaitent qu'à l'écoute de leur série, le public «soit encore plus à la recherche de la vérité dans l'information qu'il reçoit». Après Gomery...Michel Fréchette, le relationniste expert qui a lu tous les textes et qui a conseillé les auteurs, se fait rassurant pour ses collègues du monde des relations publiques qui craignent déjà Mirador. «Je leur dis que c'est une fiction très crédible et qu'après les dommages que la Commission Gomery a faits à notre profession, ils peuvent dormir tranquille. C'est juste de la bonne télé, je crois.» Et c'est quoi, le relationniste modèle? «C'est quelqu'un qui sera capable de livrer correctement la vérité au public tout en respectant son client. Il ne se contentera pas d'être strictement un porte-parole», concluent les auteurs, qui sont fin prêts à gérer l'impact de Mirador dans le monde des relations publiques. |