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LA TÉLÉ DANS LA MIRE - Susan Boyle et la grippe porcine
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Susan Boyle.

LA TÉLÉ DANS LA MIRE

Susan Boyle et la grippe porcine

Guy Fournier
03-05-2009 | 04h00

Plus de 100 millions de personnes à travers le monde ont visionné sur YouTube la performance de Susan Boyle à l’émission Britain’s Got Talent.

En une quinzaine de jours, la vieille fille de 48 ans est devenue une célébrité mondiale. Comme la grippe porcine! Mais, dans ce dernier cas, il a fallu moins de temps encore...

En plus de m’épater, l’affaire Susan Boyle m’a fait beaucoup réfléchir.

Elle a tout d’abord donné la preuve que grâce à l’appui d’internet, toute chaîne de télévision peut momentanément devenir «mondiale» plutôt que rester confinée au territoire qu’elle rejoint normalement par ondes hertziennes ou par câble.

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ITV1, le plus vieux réseau de télévision commerciale du Royaume-Uni, ne rejoint d’habitude que les spectateurs d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande, mais le segment de l’émission d’ITV1 qui a rendu Susan Boyle célèbre a été vu sur tous les continents. D’abord par le biais de YouTube, puis par des dizaines et des dizaines de journaux en ligne qui invitaient leurs lecteurs à visionner son étonnante performance et donnaient le lien pour y arriver.

Que nos petites chaînes de télé ne désespèrent pas, un jour ou l’autre, elles connaîtront la même célébrité. Espérons seulement que ce ne soit pas pour une bourde monumentale!

QUEL EST LE RAPPORT?

Mais quel rapport, me direz-vous, entre Susan Boyle et la grippe porcine? C’est tout simple: par le même chemin qui a fait connaître Susan Boyle, le virus qui cause la grippe porcine est devenu en 48 heures, la «bibitte» la plus connue au monde. Du coup, la PEUR d’attraper la grippe porcine est devenue beaucoup plus contagieuse que la maladie elle-même!

Vous ne vous en souvenez probablement pas, mais la grippe porcine avait semé l’hystérie aux États-Unis en 1976. Heureusement (ou malheureusement), à l’époque, il n’y avait ni internet ni réseaux d’information continue, si bien que l’hystérie n’avait pas dépassé les frontières américaines. Elle n’en avait pas moins fait des victimes.

En 1976, exactement 32 Américains sont morts des suites du vaccin administré à 40 millions de personnes, mais la grippe elle-même n’a pratiquement fait aucune victime!

LES PANIQUES S’ACCUMULENT

Est-ce que je dois mentionner le fameux «bogue de l’an 2000» qui avait, on s’en souvient tous, semé une panique planétaire? Ce premier jour du nouveau millénaire, combien de personnes sont restées terrées chez elles croyant que le bogue allait, comme on leur avait répété, rendre dangereux le transport aérien, fausser les systèmes d’aiguillage des trains sans parler du chaos qui frapperait les banques, les grandes usines et tout ce qui dépendait de l’informatique pour fonctionner!

Comme je ne suis pas économiste, je n’irai pas jusqu’à prétendre que la crise économique dont nous souffrons tous a été fortement aggravée par la même instantanéité des communications qui a propulsé Susan Boyle aux quatre coins de la planète, mais je suis bien tenté de le faire.

Cette conjonction d’internet, Twitter, Facebook et YouTube, de journaux en ligne et de réseaux d’information continue, cette conjonction qui rend possibles des phénomènes comme Susan Boyle, la crainte contagieuse du bogue de l’an 2000 et de la grippe porcine, pourquoi ne pas l’appeler désormais le «syndrome Susan Boyle», puisqu’il risque de se reproduire de plus en plus fréquemment et avec de plus en plus d’intensité?

À compter d’aujourd’hui, j’inviterais tout le monde, en particulier journalistes et commentateurs, à réfléchir sérieusement au syndrome Susan Boyle afin que la crainte d’une épidémie, d’une crise ou de tout autre cataclysme ne fasse pas plus de victimes que l’événement lui-même.

Quelle arrogance

N’allez surtout pas croire que je vais gaspiller l’espace qu’on m’offre dans cette page pour m’en prendre à des commentateurs ou des chroniqueurs, qu’ils soient de ce journal ou d’un autre, mais je ne saurais passer sous silence l’une des chroniques les plus méprisantes que j’aie pu lire depuis longtemps.

Le 23 avril, Marc Cassivi publiait dans La Presse une longue diatribe contre l’émission Britain’s Got Talent et le phénomène Susan Boyle. En parlant d’elle, il écrit «qu’elle est laide, maladroite, déphasée, démodée, et qu’elle a chanté à peu près correctement...» ou cette phrase encore plus gentille: «Cette vieille fille hirsute et candide, qui aurait manqué d’oxygène à la naissance...» et il termine en parlant d’une émission «où l’on s’étonne qu’une vieille fille simple, maladroite et laide, sache à peu près chanter».

Dommage que ce chroniqueur n’ait pas vu dans «l’affaire Susan Boyle» matière à réflexion plutôt qu’un prétexte pour mépriser ceux qui participent à des concours d’amateurs ou des émissions de télé-réalité et, surtout, mépriser les téléspectateurs qui n’apprécient pas les mêmes choses que lui.

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