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Annie et ses hommes - L'heure des adieux
Courtoisie Sphère Média
On ne quitte pas un personnage qui nous a donné la reconnaissance, l’amour du public et a fait de nous un meilleur acteur, sans un petit pincement au coeur.

ANNIE ET SES HOMMES

L'heure des adieux

Michelle Coudé-Lord
Le Journal de Montréal
04-04-2009 | 04h00
Denis Bouchard est en deuil... de son Hugo. On ne quitte pas un personnage qui nous a donné la reconnaissance, l’amour du public et a fait de nous un meilleur acteur, sans un petit pincement au coeur.

«Je redeviens pigiste. Annie et ses hommes m’occupait cent jours par année au moins. Et dire que j’ai hésité, au début, à accepter le rôle. Je craignais que cette responsabilité intense empiète sur mes autres projets. Dieu que je ne regrette rien, car ce fut une aventure merveilleuse! Je suis ému», confie le comédien et metteur en scène en entrevue.

Le metteur en scène est très sollicité, car Denis Bouchard est l’homme des grands spectacles.

Encore cette semaine, c’est lui qui était le grand responsable du spectacle sur les 100 ans des Canadiens et les 75 ans de l’OSM, l’union de deux grandes institutions.

Mais à travers tous ces projets, il y avait Hugo.

Car maintenant il le conjugue au passé.

Son Hugo qu’il lui a tant appris et qu’il aimait tant.

«Hugo, c’est l’homme de famille, l’homme engagé. Je lui ai ajouté un peu de mon humour et de ma dérision», explique le talentueux Denis Bouchard.

Ce personnage lui aura aussi appris à mieux se connaître comme homme et même à améliorer certains traits de son caractère.

«Il m’a montré comment il était préférable de résoudre des conflits, de respirer par le nez. Moi, je suis un homme plus impulsif qu’Hugo.»

SA GUYLAINE

Quand on lui demande quels ont été ses moments préférés d’Annie et ses hommes, il n’hésite pas une seule seconde et répond avec un grand rire de bonheur dans la voix: «Mes scènes de lit avec Guylaine. On a eu tellement de fun, c’est incroyable!»

Et de sa Annie, il dira: «Il y a beaucoup de Guylaine dans Annie. En plus de son talent de comédienne, c’est une fille rassembleuse sur un plateau, une femme de famille, mature et tendre à la fois et avec un coeur grand comme le monde.»

Heureusement, la fin d’Annie et ses hommes ne marque pas la fin pour ce couple magique du petit écran, car les deux acteurs se retrouveront, cet automne, au théâtre dans une pièce écrite par les auteurs d’Annie et ses hommes, Annie Piérard et Bernard Dansereau. Le titre est Ça se joue à deux.

«Nous irons ailleurs complètement, ce n’est pas la continuité d’Hugo et d’Annie. Mais jouer avec Guylaine au théâtre sera un pur délice. Ça m’aide à vivre mon deuil d’Hugo.»

Si les scènes de lit l’ont fait rire, il y a eu des moments plus graves, dont la mort du père d’Hugo. Au même moment dans sa vie personnelle, le comédien affrontait aussi la mort de son père.

«Ce furent des moments très intenses pour moi. J’y ai mis, je crois, encore plus d’humanité et les paroles d’Hugo m’arrivaient encore plus en plein coeur. J’étais alors en fusion avec le personnage. Tout comme j’ai beaucoup apprécié les scènes de réconciliation du père et du fils. Ce sont de beaux moments touchants et tellement puissants.»

Denis Bouchard est très fier d’avoir participé à une si belle aventure que fut Annie et ses hommes. Pour lui, c’est une autre preuve qu’il se fait «de la maudite bonne télévision chez nous». Et il ajoute en guise de message au gouvernement Harper: «C’est pourquoi il ne faut pas couper dedans.»

Denis Bouchard espère recevoir d’autres beaux rôles. Il se donne le droit de prendre un peu du recul, de finir son deuil d’Hugo et se souhaite d’autres beaux rendez-vous du genre au petit écran et même au cinéma.

Il est heureux de la fin concoctée par les auteurs d’Annie et ses hommes.

«C’est une belle fête pleine de surprises. Pour moi, le message laissé aux téléspectateurs est celui-ci: le temps passe vite et le temps qu’on passe à ne pas s’aimer, c’est du temps perdu.»

GUYLAINE TREMBLAY

En tournage intense à Kamouraska, Guylaine Tremblay nous a fait parvenir ce mot pour la grande finale d’Annie et ses hommes, qui l’a consacrée à maintes reprises la préférée du public.

«J’ai vécu avec Annie pendant sept ans, j’ai pour elle une infinie tendresse, je ne la quitte pas vraiment, elle sera toujours en moi. Je pense à tous mes amis acteurs, auteurs, aux techniciens et aux producteurs, et je me dis choyée d’avoir vécu avec eux pendant toutes ces années. Et je remercie le public de nous avoir adoptés si chaleureusement.»

Annie et ses hommes a maintenu ce printemps une moyenne de 1,3 million de téléspectateurs. Comme le dit Denis Bouchard, «il y a beaucoup de Guylaine dans Annie»; donc, elle a raison, elle ne la quitte pas vraiment.

La belle aventure

Contrairement à nos fameux Bougon, qui ont terminé leur vie au petit écran par une explosion nucléaire, les auteurs d’Annie et ses hommes ont opté pour un message de vie et d’espoir en guise de point final à leur belle aventure de sept ans.

Annie et ses hommes, c’est l’oeuvre d’Annie Piérard et de Bernard Dansereau.

Annie Piérard avoue qu’elle et son homme, Bernard, se sont obstinés sur les petits détails jusqu’à 4 heures du matin avant de remettre les textes du dernier épisode.

«Ce fut comme un accouchement difficile quand le bébé ne veut pas sortir. Inconsciemment, je crois, nous retardions la fin. Une fin que nous avons voulue heureuse. Les téléspectateurs pourront se dire que ces gens-là continuent leur vie avec des hauts et des bas. Un message tout simple, mais puissant aussi, car c’est ça la vie», confie en entrevue l’auteure, heureuse.

C’est le 13 février que ce dernier épisode a été tourné.

Annie Piérard avoue qu’il y avait beaucoup d’émotion dans l’air.

Elle tient à féliciter publiquement l’homme de l’ombre qui a vécu l’aventure d’Annie et ses hommes pendant sept ans, Richard Lahaie, ainsi que Brigitte Couture, qui a réalisé l’émission spéciale sur la fin de la série qui sera présentée demain soir, après Star Académie.

«Brigitte a fait un documentaire fort émouvant. Au début, je ne savais pas ce que ça allait donner, mais franchement, les acteurs sont à fleur de peau. Les fans d’Annie vont aimer, je crois», raconte Annie Piérard.

UN PETIT MIRACLE

Annie et ses hommes, c’est aussi un petit miracle du petit écran dans le contexte du marché télévisuel actuel.

Chaque épisode d’une heure coûtait 300 000$ à produire. Ce qui n’a pas empêché la production d’offrir un produit de grande qualité. Annie et ses hommes était l’oeuvre du producteur Jocelyn Deschênes de Sphère Médias, qui accumule les succès au petit écran.

On a qu’à penser à Rumeurs.

Les auteurs d’Annie et ses hommes ont osé durant ses sept années d’écriture.

«Je dirais qu’aborder la sexualité chez les déficients mentaux était une première, je crois, au petit écran. Et j’en suis fière. Et j’aimais ma Annie, une femme battante, courageuse, très à l’écoute, très amoureuse. Montrer l’amour possible chez un couple qui vit ensemble depuis 25 ans était tout de même audacieux à cette époque-ci. Ce n’est pas fréquent. Les téléspectateurs se sont tellement attachés au couple Annie et Hugo que cela représentait à la fois une grande responsabilité, mais aussi un privilège.»

FIN HEUREUSE

Il y a trois ans, les auteurs croyaient qu’ils avaient tout écrit sur Annie et ses hommes. Mais il n’en fut rien; après un été de vacances, ils sont revenus en forme et ils ont rêvé avec cette famille fictive, au grand bonheur de leur public fidèle.

Mais là, Annie Piérard et Bernard Dansereau sont prêts à clore l’histoire d’Annie et ses hommes.

Pas de film à l’horizon, ils planchent déjà sur une autre série, intitulée Je le jure!, qui nous amènera dans le monde des avocats et des procureurs de la Couronne.

Une télésérie réalisée par Lyne Charlebois, celle qui a remporté, en fin de semaine dernière, le Jutra de la meilleure réalisation pour le film Borderline.

Les auteurs sont en pleine sélection pour la distribution. Et ils sont bien sûr derrière le projet de la pièce de théâtre mettant en vedette Denis Bouchard et Guylaine Tremblay... La famille d’Annie et ses hommes ne les quitte donc pas vraiment.

Et est-ce qu’un tel succès (Annie et ses hommes a remporté 30 Gémeaux, neuf prix Artis et six Metrostar) change la vie des auteurs?

«Je vous dirais surtout quand vient le temps de demander à des spécialistes de nous aider dans la recherche. Ils nous rappellent très vite. La confiance est là. C’est très rassurant et ça nous incite à être encore meilleurs», raconte Annie Piérard, avec une belle fierté dans la voix.

Les auteurs ont voulu une fin à la fois drôle, remplie d’émotion.

«La petite Marion pleurait tellement à la fin qu’elle nous a profondément émus. Annie et ses hommes, c’était vraiment une très belle famille. Un plateau rempli d’amour. Un cadeau de vie», conclut Annie Piérard.

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