SCÉNARISTESCoup de gueule contre la tyrannie des cotes d'écouteBrigitte McCann Le Journal de Montréal 05-12-2007 | 12h37
«On peut-tu décrocher du cr... de million de cotes d'écoute!» Scénariste de la série Minuit, le soir, Pierre-Yves Bernard en a marre de la tyrannie des cotes d'écoute, nourrie, selon lui, par les télédiffuseurs. Et il n'est pas le seul. «J'ai l'impression que les diffuseurs vivent encore à l'époque où Internet n'existait pas», dit-il. Rien ne s'est arrangé pour les artisans de la télé depuis que TVA a renoncé à Vice caché au printemps 2006, série jugée pas assez payante malgré son million de cote d'écoute. Bien au contraire. «Les délais et les budgets des séries sont de plus en plus restreints», déplore Podz, réalisateur primé de Minuit, le soir et de C.A. Les réalisateurs de téléséries importantes ont moins de temps et d'argent que jamais pour boucler leurs épisodes. «Ça limite les sujets», souligne Frédéric Ouellet, scénariste de Grande Ourse. Finis, les effets spéciaux à grand déploiement. «Tout se passe dans un appartement», ironise-t-il. Amertume Bien des scénaristes et réalisateurs sont amers devant la place accordée à la téléréalité et aux quiz, des valeurs sûres quant aux cotes d'écoute, mais pas quant au contenu, selon eux. «Dans 20 ans, personne ne va parler de qui a fait quoi à Loft Story, souligne Podz. Et personne ne va penser au Banquier avec nostalgie.» Malgré son financement public, Radio-Canada n'échappe pas à la tendance. Réalisateur de la défunte série Vice caché, Claude Desrosiers pouvait compter à l'époque sur huit jours de tournage pour réaliser chacun de ses épisodes de une heure. Alors que pour faire Les Hauts et les Bas de Sophie Paquin pour Radio-Canada, il dit avoir disposé de six jours par épisode de 60 minutes. Toujours plus avec moins Le résultat final s'en ressent forcément. Et c'est inquiétant parce que les téléséries québécoises doivent se mesurer aux superproductions américaines, qui prennent de plus en plus de place sur les ondes québécoises. «Les téléspectateurs doivent être conscients que quand ça coûte moins cher, c'est moins bon», dit Claude Desrosiers. Sophie Paquin n'y échappe pas, de l'aveu de son propre réalisateur. «On voit que c'est un produit qui est dans l'énergie et non pas dans la finition», dit-il. Le problème, c'est que bien qu'aux prises avec des petits budgets, des réalisateurs d'expérience comme Podz et Claude Desrosiers ont assez de talent pour sauver les meubles. «Mais on se tire dans le pied en étant bons avec de telles contraintes», dit Podz. «On ne pourra pas tenir ce beat-là éternellement», indique Pierre-Yves Bernard. Déjà, certains talents québécois vont travailler ailleurs, en France ou aux États- Unis, où les budgets sont plus généreux. Si Claude Desrosiers, Podz, Pierre-Yves Bernard et Frédéric Ouellet ont abordé le sujet de front hier, c'est qu'ils se sont prêtés au jeu de l'émission Fais ça court, à Télé-Québec. Le show propose à ses participants de tourner un court métrage en cinq heures, un sprint de production qui semble fou, mais qui ressemble de plus en plus à la réalité. |