TÉLÉVISIONPlus de pub après la pauseDany Bouchard, Journal de Montréal 18-05-2007 | 10h26
En abolissant les règles fixées pour la publicité à la télévision, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes dit vouloir permettre aux télédiffuseurs de disposer « de fonds additionnels pour faire face aux changements que vit cette industrie ». L’abolition des règles se fera graduellement d’ici le 1er septembre 2009. Dès le 1er septembre prochain, la limite de 12 minutes de publicité par heure passera à 14 minutes par heure, entre 19 h et 23 h. Le 1er septembre 2008, la limite passera à 18 minutes de publicité par heure, durant les 18 heures d’une journée de radiodiffusion. «Ce sera aux téléspectateurs de juger par eux-mêmes, a plaidé hier le vice-président radiodiffusion et membre du CRTC, Michel Arpin, au sujet de la règle ouvrant la porte à davantage de publicité.» «En radio, les limites publicitaires ont été abolies il y a au moins 15 ans et les stations qui ont abusé de ce privilège-là ont vu leur auditoire fuir», met-il en garde. Comme les messages d’intérêt public et les autopromotions ne sont pas comptabilisées dans les minutes de publicité par heure, Michel Arpin est d’avis que l’abolition des règles ne changera à peu près rien pour les téléspectateurs. «Les interruptions vont déjà de 14 à 16 minutes par heure», assure-t-il. Pas de redevances La direction du CRTC a aussi indiqué hier qu’elle n’irait pas dans le sens de ce que souhaitent les télévisions généralistes (SRC, TVA, TQS et Télé-Québec) en leur permettant de percevoir des redevances – comme les chaînes spécialisées – sur la facture des abonnés du câble et de la télévision par satellite. «[…] leur situation financière actuelle ne justifie pas une telle mesure», écrit la direction du CRTC. «On reconnaît qu’ils (les télédiffuseurs généralistes) ont une perte d’auditoire, mais quand on regarde leurs revenus globaux, il y a quand même une progression», plaide Michel Arpin. Selon lui, la demande des chaînes généralistes aurait exigé une hausse d’environ 1 $ par abonné, par mois, par chaîne, sur les factures d’abonnement au câble ou de la télévision par satellite. «On a eu des études contradictoires ; TQS et Canwest ont démontré que les gens étaient prêts à payer un certain montant pour leurs services, alors que des distributeurs comme Rogers et ExpressVu ont fait des sondages qui démontraient exactement le contraire», dit-il. «Il n’y avait pas de consensus», admet M. Arpin, en disant s’attendre à des déclarations contestataires des télédiffuseurs. Encore quatre ans Dans sa décision rendue hier, le CRTC a aussi fixé au 31 août 2011 la date limite pour que soit réalisé le passage de la télévision analogique à la télévision numérique ou haute définition. Aux États-Unis, la date limite est le 17 février 2009. L’instance fédérale s’est aussi prononcée sur le sous-titrage des émissions pour les malentendants, obligeant désormais les radiodiffuseurs – francophones et anglophones – à sous-titrer la totalité de leurs émissions diffusées entre 6 h et minuit. Les chaînes généralistes québécoises unanimement déçues«Nous ne sommes pas sûrs de bien saisir où veut s’en aller le CRTC» – Luc Lavoie (TVA) La direction de Quebecor, propriétaire de TVA, se dit «extrêmement déçue» de la décision rendue par le CRTC. «Nous sommes extrêmement déçus de tout ça, mais nous ne sommes pas sans espoir», a indiqué hier le vice-président exécutif aux affaires corporatives de Quebecor, Luc Lavoie. Selon lui, l’abolition des règles régissant les minutes de publicité à la télévision n’aura pas d’impact significatif sur les revenus des télédiffuseurs, contrairement à ce que prétend le CRTC. «Ça nous donnera plus de flexibilité, oui, […] mais ce n’est éternellement extensible», dit-il au sujet de la longueur des blocs publicitaires. Les redevances versées aux chaînes spécialisées, mais refusées hier aux chaînes généralistes par le CRTC, sont aussi une grande déception pour l’entreprise. «Nous ne sommes pas sûrs de bien saisir où veut s’en aller le CRTC», dit Luc Lavoie. «Les marges de profitabilité des chaînes spécialisées montent de façon exponentielle alors qu’elles n’investissent à peu près pas en termes de contenu canadien. Ce n’est que de la poudre aux yeux. «Historiquement, ce sont les chaînes généralistes – TVA, certainement –, qui ont fait les grandes émissions de variétés, les grandes séries, les grands bulletins d’information.» «Le 100 % nous pose un certain problème» – Céline Meilleur (Télé-Québec) Des différentes décisions rendues hier par le CRTC, c’est celle traitant du sous-titrage des émissions pour malentendants qui dérange le plus Télé-Québec. Jusqu’à maintenant, 70 % des émissions diffusées par Télé-Québec sont sous-titrées pour les malentendants. «Le 100 % nous pose un certain problème, notamment au niveau des émissions pour enfants», a hier admis la porte-parole de Télé-Québec, Céline Meilleur. «Il faut maintenant savoir le délai qui nous est alloué», dit-elle. Au niveau des règles régissant la publicité, Mme Meilleur a laissé savoir hier que les 12 minutes par heure déjà autorisées par le CRTC conviennent bien aux besoins de la station. Au sujet des redevances refusées aux chaînes généralistes, la direction de Télé-Québec a dit préférer ne pas émettre de commentaire. «Le problème de financement persiste et le CRTC ne fait rien» – Sylvain Lafrance (R.-C.) «Il y a un problème, on l’a vu, ça s’est manifesté avec la crise des séries lourdes. Ce n’est pas normal que cet énorme problème de financement persiste et que le CRTC n’en fasse rien alors que les télévisions généralistes sont le moteur de l’industrie télé au Québec», fait valoir Sylvain Lafrance, vice-président de la télévision française de la SRC. Ce dernier ne se gêne pas pour exprimer sa déception devant la décision du CRTC de ne pas permettre l’attribution de redevances aux télédiffuseurs conventionnels. Une décision qui selon lui ne propose pas de vraie solution pour assurer l’avenir de notre télévision. «Il va falloir revoir le modèle économique pour qu’il puisse convenir à long terme», dit-il. Par contre, selon ce dernier, l’ouverture du CRTC au plan publicitaire, soit le fait d’augmenter le maximum de publicités par heure dans les périodes de grande écoute, ne change rien pour Radio-Canada. «Le public a déjà atteint son seuil de tolérance je crois. C’est peut-être une bonne nouvelle pour les privés, mais pour une télévision publique comme la nôtre, qui doit se distinguer sur le plan commercial, ça ne convient pas», explique Sylvain Lafrance. « On ne tient pas compte des particularités des francophones » – René Guimond (TQS) Pour le président de TQS, René Guimond, la décision du CRTC fait non seulement persister le problème d’inéquité entre les télévisions généralistes et les spécialisées, mais témoigne aussi d’une méconnaissance de la réalité québécoise. «Les décisions qui ont été prises ne tiennent pas compte des particularités des francophones. On a vraiment deux réalités au Canada et on aurait apprécié qu’on en tienne compte», plaide M. Guimond, faisant remarquer que les règles pour le marché canadien-anglais sont différentes de celles du marché français. Le président de TQS soulève que même si le marché québécois est plus petit, le public préfère largement les émissions d’ici, et que nos télévisions généralistes doivent en produire davantage pour aller chercher un minimum de téléspectateurs pour survivre. «Les règles qui régissent la télévision ne devraient pas être les mêmes dans ce cas, et peut-être que d’accorder les redevances aux généralistes est justement une particularité applicable à notre marché», explique-t-il. De plus, TQS ne voit pas la décision du CRTC d’augmenter le temps permis pour la publicité à heure de grande écoute comme une compensation aux revenus qu’auraient pu lui donner ces redevances. Au contraire. «Nous avons toujours été contre le fait d’augmenter le nombre de 30 secondes. Dans notre marché francophone, il y en a déjà trop et ils ne sont même pas tous vendus. Quand il y a trop de fraises, leur prix sur le marché diminue. Le même principe s’applique aux publicités…», plaide le président de TQS. |