CHOM FMPris dans le trafic...Marie-Joëlle Parent Le Journal de Montréal 10-11-2006 | 07h37
Un animateur de radio anglophone qui tente d'apprendre le français s'est attiré la sympathie des auditeurs de la station. Il a reçu des centaines d'appels d'encouragement, des cours de français gratuits et même un guide Bescherelle. À tel point que son histoire a fait le tour du monde. En parlant un français hésitant et maladroit en ondes, Tim Morgan, 31 ans, est devenu l'anglophone préféré des Canadiens français, ou plutôt des 310 000 auditeurs de CHOM. C'est que le préjugé sur les anglophones qui ne se soucient guère d'apprendre le français persiste encore. Alors quand Tim Morgan fait un effort évident pour apprendre «l'autre langue officielle», les auditeurs sont charmés. Originaire de Vancouver, Tim Morgan est arrivé à Montréal il y a deux ans et a commencé presque immédiatement à travailler à la station de radio CHOM-FM, comme animateur et DJ. «Zake Cârtier» Le jour arrive où l'animateur doit lire en ondes une chronique de circulation. Il ne peut y échapper, il doit prononcer les mots tant redoutés par les anglophones: Jacques-Cartier, Jeanne-Mance, Longueuil et Saint-Hyacinthe. Mais ce qui sort de sa bouche ressemble plus à «Zake Cârtier», «Zanne Mince» et «Lungueul». «Je ne voulais pas avoir l'air stupide. Finalement j'ai décidé d'être totalement honnête par rapport à mon complexe. J'ai dit «je suis le goof, je veux apprendre», raconte Tim Morgan au téléphone. Il s'excuse alors en ondes de sa maladresse et dit ouvertement «je m'excuse, mais mon français n'est pas très bien», ajoutant qu'il suit des cours de français et qu'il compte s'améliorer. Il n'en fallait pas plus pour que les appels et courriels déferlent sur la station radio. À chaque cafouillage, un auditeur appelle pour le corriger et l'encourager. Des filles lui proposent des classes gratuites de français en privé, il a même reçu un guide Bescherelle et une roulette pour les conjugaisons de verbes. Tour du monde L'histoire ne s'arrête pas là. Un journaliste canadien s'intéresse alors à l'histoire de sympathie publique autour de l'animateur. Il lui consacre un article dans la revue Walrus, qui fait le tour du Canada. Ce même article est repris par Courrier International, une publication française qui est distribuée dans les plus grands pays du monde, et même une revue du Japon a publié l'histoire. Pourquoi un tel intérêt? Selon Tim Morgan, c'est avant tout l'ouverture des Canadiens français envers un anglophone qui veut apprendre leur langue qui touche. «Quand tu es annonceur à la radio, tu veux être confiant et en contrôle, alors quand vient le temps de dire des mots français c'est le contraire, tu es vulnérable, tu fais des erreurs, je tremble juste à voir le mot Jacques-Cartier», ajoute Tim Morgan. Aujourd'hui, l'animateur poursuit ses cours de français à Montréal, une ville dont il est tombé amoureux. Et quand il voit le mot Jeanne-Mance apparaître sur sa feuille de route, une petite panique s'empare encore de lui. «Je vais le dire vite et ils ne s'en rendront pas compte», se dit-il. Mais les auditeurs veillent au grain. Déjà les téléphones de la station rougissent. |