OPINION SUR L'AFGHANISTANChristine Saint-Pierre chassée d'OttawaDany Bouchard Le Journal de Montréal 08-09-2006 | 07h05
La journaliste, qui compte trente ans de métier à Radio-Canada, a écrit hier matin un court billet dans un quotidien montréalais en émettant son opinion quant à la présence des soldats canadiens en Afghanistan. «Des voix s'élèvent pour réclamer votre retour au pays. Moi, je dis de grâce non», écrit Christine St-Pierre, dont la signature du texte précise qu'elle est aussi journaliste à Radio-Canada. «Cette mission entérinée, faut-il le rappeler, par les Nations Unies est essentielle et doit aller jusqu'au bout. Nous vous devons tout notre respect et un appui indéfectible», écrit la journaliste. Relevée sur-le-champFurieux de son initiative, ses patrons de Radio-Canada l'ont aussitôt rencontrée hier matin pour la relever sur-le-champ de ses fonctions de courriériste sur la colline parlementaire à Ottawa. «Les journalistes ne sont pas autorisés à émettre leurs opinions personnelles dans des publications extérieures. [...] Elle a enfreint les règles», tranche la directrice des nouvelles de Radio-Canada, Catherine Cano. «Elle n'a pas été congédiée, mais elle a été relevée de ses fonctions pour une période indéterminée», ajoute-t-elle, en disant réfléchir à ce qu'il adviendra désormais de la journaliste. «On se reparlera la semaine prochaine», précise Mme Cano, en ajoutant que ce n'est pas la première fois qu'une journaliste à l'emploi de la société d'État enfreint les règles de cette façon. Une opinion de «citoyenne»Jointe hier, Christine St-Pierre a admis qu'elle n'aurait pas dû se commettre publiquement sur un dossier aussi «délicat» que la présence canadienne en Afghanistan. «La politique journalistique est claire ; on n'a pas à donner nos opinions publiquement et je l'ai fait», reconnaît-elle. La journaliste précise toutefois qu'elle n'a jamais eu l'intention d'impliquer Radio-Canada dans son billet. «J'ai émis une opinion personnelle à titre de citoyenne», dit-elle. Contrairement à ce que disent ses patrons, Christine St-Pierre prétend que c'est elle qui a demandé à être réaffectée. «Je pense que c'est mieux pour moi que je sois hors de tout ça. «J'ai plein de vacances à prendre et je vais travailler sur un dossier de recherche que je prépare pour Radio-Canada», précise-t-elle. Soucieuse de ne pas «faire tout un plat» avec cette histoire, la journaliste précise qu'elle n'a plus l'intention de partager publiquement ses opinions, peu importe le sujet. «Probablement que je ne le referai plus», répète-t-elle. Christine St-Pierre travaille pour Radio-Canada depuis 1976. Elle a notamment été courriériste du bureau de l'Assemblée nationale à Québec, correspondante à Washington, et courriériste du bureau de la Chambre des communes à Ottawa. R.-C. sexiste ?Radio-Canada ferait preuve de sexisme en comptant plus de correspondants à l'étranger que de correspondantes, prétendent Micheline Carrier et Élaine Audet dans une plainte qu'elles ont adressée en août à l'ombudsman de Radio-Canada. Les deux femmes dénoncent la nomination de Luc Chartrand - «un homme de plus» - en tant que correspondant à Paris. Elles dénombrent sept autres correspondants masculins et seulement deux féminins. «Nous ne voulons pas mener le combat des femmes journalistes de Radio-Canada, c'est à elles et à leur syndicat de se défendre. Mais en tant que contribuables et téléspectatrices, nous ne pouvons pas accepter qu'on nous impose des émissions où les femmes ne sont pas représentées de façon égalitaire», écrivent-elles. La directrice des nouvelles de Radio-Canada, Catherine Cano, s'est dite hier «sensible» à une représentation égale entre les hommes et les femmes à Radio-Canada. «On y va selon les compétences», dit-elle.
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