RADIOJeff Fillion est prêt à jouer le jeuAgnès Gaudet Le Journal de Montréal 01-04-2006 | 12h38
Jean-François Fillion, un des pionniers québécois de la radio Internet, qui a ouvert sa station, Radio Pirate, dans le Web le 17 mars, s’attire 100 nouveaux abonnés par jour. L’animateur avait planifié un budget en fonction de 3 000 abonnés, il se retrouve avec plus du double de fidèles en à peine quelques semaines. D’une journée à l’autre, il aura atteint 7 000 abonnés qui débourseront en moyenne chacun 5,99 $ par mois. Pour en arriver là, l’animateur n’a fait aucune publicité. Sa station s’est fait connaître par le biais des quelques entrevues papier et télé qu’il a accordées récemment. Le marché est là. Un tremplin N’importe qui peut s’improviser animateur dans le Net avec un studio de fortune. Mais Jeff Fillion ne craint pas pour autant la saturation ni la compétition: «Quand les gens auront accès à Internet dans leur auto via le wireless, ils auront le choix entre 30 000 stations de radio. Pour subsister, il faudra être connu», croit-il. Lui qui a investi dans un studio sophistiqué et compte grossir sa station de nouveaux membres au fil des profits générés par les abonnements rappelle qu’il y a des coûts importants reliés à la création et l’opération d’une station dans le Net. Malgré tous les chambardements qui arrivent, Jeff Fillion ne croit pas que la radio conventionnelle de masse soit en péril: «C’est la même réalité en télévision, explique-t-il. Les grands propriétaires de stations de masse, comme Time Warner, en sont conscients et commencent à offrir des émissions dérivées dans le Net. «Les radios conventionnelles vont plutôt servir de tremplin aux animateurs du Net, prévoit Fillion. C’est grâce à la popularité que j’ai acquise à Québec que je peux me permettre d’animer trois heures de radio par jour: si j’avais été un inconnu, je n’aurais jamais pu faire ça,» admet-il. La planète Internet La beauté de la radio via Internet repose aussi sur sa mondialisation. La clientèle de la radio parallèle de Jeff Fillion se trouve à 75% dans la région de Québec, mais elle compte aussi 20% d’abonnés à Montréal ainsi qu’un 5% d’auditoire réparti à dans le monde, notamment en Alberta, en France, au Japon, à Londres, Singapour et Seattle. Pas plus trash dans le Net Selon Jeff Fillion, la radio Internet n’aura bientôt plus de frontières et le CRTC deviendra désuet. Reconnu pour la véhémence de certains de ses commentaires, l’animateur, congédié par Genex (CHOI), ne ressent néanmoins pas une plus grande liberté d’expression dans le Net. À Radio Pirate, Fillion dit faire, comme avant, de la «radio-réalité humaine» avec les gaffes engendrées par l’humain et il se défend de faire de la radio trash. «Dans le Net, les auditeurs sont moins nombreux, mais il faut les épater, estime Fillion. Les stations du Net sont condamnées au succès, sinon elles vont disparaître.» |